La nuit charrie dans ses fossés fangeux la rumeur nauséeuse des relents de misère et verse à l'égout de mon oreille le cortège funèbre de ses drames. La nuit charrie dans mes oreilles les voix qui déraillent de corps qui se déchirent, des cadavres encore chauds des vivants déjà froids que je vomis au matin avec le reste de mes tripes. Loran
J'aurais aimé croire en l'homme comme ces nouveaux poètes humanistes que le pluriel n'effraie plus quand l'égo se met à briller. J'aurais aimé écrire liberté au pied des remparts pour les voir s'effondrer. J'aurais aimé chanter l'humanité terrassant l'oppresseur... J'aurais voulu m'appeler Vigneault et chanter le temps où les hommes vivront d'amour. J'aurais aimé raconter des histoires auxquelles j'aurais pu croire. J'aurais aimé croire en l'homme...
91ième Édition - décembre 2011 Ce mois ci la revue Francopolis me fait l'honneur de son salon en publiant cinq de mes poèmes. J'ai pour Francopolis une tendresse toute particulière puisque c'est là que pour la première fois mes balbutiements poétiques furent publiés. Une pensée particulière pour Juliette Clochelune qui vient de s'envoler vers d'autres cieux.
Et comme si une voix étouffée me parvenait vers laquelle mon oreille se tend comme si quelqu'un pénétrait mes entrailles elle lui prête l'oreille et de temps à autre capte l'onde d'un signal elle l'habille d'un corps qui devient voix d'abord chuchotée puis qui s'élève la saississent des doigts avident d'un corps à caresser à cajoler comme pétales de fleur ou feuilles de fruit à palper en tremblant dans le duvet du ventre ou sous l'aisselle pénétrant la mousse veloutée d'un tendre passage […]
Trop d'ailes J'ai appris si tôt dans mon enfance, ce pas en retrait de moi même, pour me regarder, pour me prendre dans mes propres bras et tutoyer l'autistique frontière, que parfois le monde où je gravite, ce monde dans lequel je vis n'a plus aucune prise... aucun sens, aucun intérêt... Je me soustrais, me dérobe, me dégravite... Je suis un électron libre. Quelle heure est elle ? Maison smoke de l'heure... Le temps s'est cool de mes yeux, s'inspire de mes narines Le temps perd son temps à […]
Un silence à tout rompre envahissait les jours, Ou bien était-ce le tumulte de l'ennui Assourdissant la chambre blanche horizontale ? Le temps s'était figé, privé d'heures et de nuits Sous un plafond mité, blafard, imaginal Où je traçais des yeux d'improbables contours. Jeanne avait déposé sur la table des fleurs, Un glaïeul méprisant dans un bouquet d'iris. Mais j'ignore qui est Jeanne, ou bien était-ce Blanche ? Du bout des cils j'allongeais mes pâles esquisses, Le galbe d'un sein ou la […]
Au pied de la lettre inutile, des mots semelles Et des phrases mises en tropes ivres de voyelles, Vers le point culminant où flotte mon drapeau, Cheminent aux jardins de ma mémoire d'émaux. Dans un rire en cascade elle m'offrit un blanc-seing Puis se coucha fraiche et presque nue, envoutante Au creux du lit de pierres où sa source ruisselle. J'ai plongé mes doigts dans l'onde frémissante Et ma bouche cueillit une langue nouvelle Ses mots comme du miel se mélangeant aux miens. Mélange […]
Aux frontons des édifices, Aux frontispices, Si haut qu'un regard trop lourd plus jamais ne cueille, une devise n'a plus cours Dont je porte le deuil. Les têtes penchées des silhouettes voutées qui dorment sur les trottoirs perçoivent dans la flaque Le triste reflet de trois noms Gravés jadis sur les façades fières. Des lettres en toc et plexiglas palissent et tombent sur la pierre des parvis de glace. Coquilles vides de mots dévoyés livrés à l'usure des vents capitaux. Loran
D'un métissage bleu Aux yeux grands ouverts, La nuit dilue son encre noire A l'eau de l'aube, à l'heure blanche. J'aime cette nuit qui flanche Sous l'horizon d'ivoire et la chambre qui s'éclaire et réveille les feux, L'ambre chamoisé de ton corps et ton corps qui se cambre juste avant l'aurore. J'attends l'or de tes yeux et ton sourire de nacre et le sacre du jour accroché dans les branches où mille visages chiffonnent Mes brouillons de mémoire. Sous mes yeux entrouverts Une biche à la […]
Les métaphores sont-elles comme les doryphores ? Des bébêtes à pomme de terre, des bibittes à patates, en terres grasses du Québec. Petites bêtes du bon lieu, celui de l’écriture, elles vous boivent le sang des yeux, sans vergogne s’accouplent devant vous, et vous rongent la langue comme on mâche sa feuille ou le bout d’un crayon. Pour vous exténuer, extraire le jus de vos œuvres, elles vous empêchent de dormir, s’immiscent dans vos rêves les plus profonds, pour sucer les images au puits de […]
L'endroit était accueillant on y avait suspendu les heures. Des ilots de lumière tamisée de rouge accueillaient ça et là quelques ombres chinoises aux bois acajou des moucharabieh. Mon cerveau était en pause On m'attendait, quelqu'un me fit entrer. Sur le sable chaud des secondes inutiles jonchant le sol De lourds et riches tapis levantins encombrés de larges coussins s'étiraient parmi les soieries. Elle m'attendait là, à demi dévêtue buvant du vin de Parme sur un lit de dattes et raisins […]
Fruit confus Extirpé Violé Je suis mort Au jardin Des funérailles de l'infante assassinée. J'ai Dans le crâne Un grenier Que je promène Avec ses toiles Ses pinceaux de poussière Coulés de la lucarne Et Dans le sac qui me courbe l'échine Des années de plomb Des siècles de silence Et quelques brassées d'or. Je dépose aujourd'hui mon bagage Je marcherai léger Sur la fin De l'histoire. Celle qui m'attend Foule le raisin Du vin De nos épousailles. Loran (septembre 2011)
Un poème s'est noyé sous le pont des soupirs Dans l'eau scintillante d'une nuit vénitienne. Du papier florentin gonflé de souvenirs Les mots effacés pleurent l'encre phénicienne. Un poème s'est noyé pour des mots fredonnés, Un poète s'est noyé pour des mots périmés Dans l'âme en doline d'une amante obstinée revenant d'Argentine qui n'osait plus l'aimer. Sur le pont des soupirs les pierres se gondolent Aux versions sibyllines de l'histoire folle d'un amour immortel qu'on voudrait voir finir […]
Ici on tue, ici on meurt, au nom de dieu ou du business dans l'indifférence ou la passion selon la règle médiatique. Ici on tue, ici on meurt au nom du dividende, d'un libéralisme débauché, prostitué de force par les maquereaux du capital. Ici on tue ici on meurt pour un peu d'eau un peu de blé. Si t'as pas de fric t'es pas rentable, Tu ne vaux que l'argent que tu pèses. Pas de flouze, Tu n'es rien Tu n'as rien... Rien à perdre. Loran On estime qu'environ 81 milliards d'êtres humains sont […]
Parrèsia