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Lettre a Marie  (Jacques Reda)

Vous m'écrivez qu'on vient de supprimer le petit train d'intérêt local qui, les jours de marché, passait couvert de poudre et les roues fleuries de luzerne.
Devant le portail des casernes et des couvents.
Nous n'avions jamais vu la mer.
Mais de simples champs

d'herbe
Couraient à hauteur de nos yeux ouverts dans les

jonquilles.
Et nos effrois c'étaient les têtes de cire du musée,
Le parc profond, les clairons des soldats,
Ou bien ce cheval mort pareil à un buisson de roses.
Des processions de folle avoine nous guidaient
Vers les petites gares aux vitres maintenant crevées,
Abandonnées sans rails à l'indécision de l'espace
Et à la justice du temps qui relègue et oublie
Tant de bonheurs désaffectés sous la ronce et la rouille.
Depuis, nous avons vu la mer surgir à la fenêtre des

rapides
Et d'autres voix nous ont nommés, perdus en des jardins.
Mais votre verger a gardé dans l'eau de sa fontaine
Le passé transparent d'où vous nous souriez toujours

Les bras chargés d'enfants et de cerises.

Je pense aux jours d'été où vous n'osez ouvrir un livre

À cause de ce désarroi de cloches sur les toits.

N'oubliez pas.

Dites comme nos mains furent fragiles dans la vôtre —

Et qu'ont-ils fait de la vieille locomotive ?

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