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Mon Pays que voici [extrait] Anthony Phelps

Mon Pays que voici [extrait]

Sur mon visage j'ai dessiné les signes du Samba et je remonte lentement ô mon Pays le lit de ton Histoire parmi la pierre à feu et le silex taillé Et l'odeur acre de la poudre se mêle à la senteur douceâtre des abricots

Tu ne connaissais point le sacrificateur au couteau d'obsidienne et qui ouvrait au valeureux guerrier le chemin du soleil Par la voix des Butios l'oracle des Zémès gouvernait le Pays des cent grottes et les Chémis maîtres des destinées humaines se partageaient l'espace veillant sur ton enfance ô mon Pays

Mais un matin ils sont venus par la route salée jetant l'effroi au cœur de tes enfants

Ils sont venus avec en mains colliers de verre et menottes d'argent petits morceaux de source congelée

Ils sont venus avec la croix avec la pioche avec la trique avec leurs chiens à la voix rauque

Par la route salée ils sont venus sur leurs vaisseaux ces Caraïbes d'une autre race anthropophages à leur façon

Par les chemins de sable ils sont venus sur leurs chevaux ces conquérants tombés du ciel Ils sont venus à la recherche de leur dieu le pur métal aux reflets jaunes et le tonnerre se faisait leur complice Et j'ai vu ce Cacique entouré de son peuple jeter au fond du gouffre le dieu de l'Espagnol pour éloigner de ses rivages les conquérants tombés du ciel Mais ceux qui imitèrent son geste sacrilège furent frappés par la voix du tonnerre et ce fut chose horrible et ce fut chose affreuse le dieu de l'Espagnol était plus fort que les Zémès

Au milieu de ses Vierges les Trois cents Filles nues comme des rosés Fleur d'Or berçait le Caciquat au rythme des tambourins Paré des plumes de sa caste de la couleur de paix le Samba préféré chantait devant sa Reine Et c'était chant et c'était fête C'était chant de poète et c'était fête belle Et c'était danse et c'était fleur C'était danse d'Amour et c'était fleur de chair Et des mains en guirlande montait la vie nouvelle

Mais un matin ils sont venus ces Caraïbes d'une autre race anthropophages à leur façon Et la voix du Samba s'est brisée en mille éclats brisée comme une coupe ô mon Pays La chanson s'est cassée au ras de votre gorge Samba de tous les temps paré de la couleur de paix Le dieu de l'Espagnol n'aimait pas les poètes

Au pays des grandes chasses au pays des abricots l'Indien repose nu dans son hamac d'humus Il ne connaîtra plus la faim et plus jamais il n'aura chaud Et plus jamais ne tressera les guirlandes de fleurs à l'entrée des cavernes l'Indien couché dans son dernier hamac fumant le calumet de la paix éternelle

Car un matin ils sont venus ces Caraïbes d'une autre race anthropophages à leur façon

Car un matin ils sont venus par la route salée et les chemins de sable à la recherche de leur dieu le pur métal aux reflets jaunes

Et ils sont morts ô mon Pays tes premiers fils au fond des mines pour que les grands aient couche molle et vaisseaux bien gréés Aborigènes des grandes chasses et du pays des abricots drapés dans la douceur et la fierté de votre race transmettez-nous votre croyance au paradis sur notre terre

Je continue ô mon Pays ma lente marche de poète un bruit de chaîne dans l'oreille un bruit de houle et de ressac et sur les lèvres un goût de sel et de soleil Je continue ma lente marche dans les ténèbres car c'est le règne des vaisseaux de mort

Ils sont venus à fond de cale tes nouveaux fils à la peau noire pour la relève de l'Indien au fond des mines ( Le dieu de l'Espagnol n'a point de préjugés pourvu que ses grands lieux de pierres et de prières soient rehaussés de sa présence aux reflets jaunes peu lui importe la main qui le remonte du ventre de la terre )

Et l'homme noir est arrivé avec sa force et sa chanson Il était prêt pour la relève et prêt aussi pour le dépassement Sa peau tannée défia la trique et le supplice Son corps de bronze n'était pas fait pour l'esclavage car s'il était couleur d'ébène c'est qu'il avait connu la grande plaine brûlée de Liberté

Alors pour que l'Indien suivi du chien muet chasse l'oiseau chanteur dans le pays des abricots avec la flèche protégée d'un tampon de coton pour que le fils connaisse son père et que la fille ne soit plus une fontaine au bord des routes et pour que l'homme soit respecté et dons sa chair et dans sa foi ce fut la Trouée Noire et dans l'Histoire la haute brèche de couleur

Ô Pères de la Patrie Précurseur Empereur Roi bâtisseur Républicain Pères glorieux que je ne nommerai point car tous mêmement avez droit à notre Amour ô Pères de la Patrie accordez-nous le don du courage et de l'honneur

Tag(s) : #Dans mon grenier, #Anthony Phelps

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