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Rameau déchiqueté, tordu,
Lançant là depuis mainte année
Au vent son chant sec et bourru,
Sans plus de feuilles ni d’écorce,
Las de cette vie surannée,
Las de ne pas mourir, sans force,
Inquiet en secret, mais fier.
Sa voix rauque sonne, obstinée,
Un été encore, un hiver.

Hermann Hesse
(Poèmes choisis, Paris, José Corti, 1994)


 

 

« Quelques jours avant sa mort, il reçut la nouvelle du décès d’un de ses amis, du même âge que lui, survenu dans le sommeil, sans maladie préalable. « C’est beau, s’était écrié Hesse, imagine-toi comme c’est beau! » Je sentis qu’il souhaitait la même chose pour lui. Le 8 août au matin, nous allâmes dans la forêt voisine de notre maison. Il aimait à ramasser du bois pour le feu qu’il entretenait dans le jardin. Il s’arrêta devant la branche d’acacia et tira dessus comme il l’avait déjà fait plusieurs fois. « Elle tient encore », murmura-t-il. Dans l’après-midi, nous eûmes une visite pour le thé : (Edwige Friedlander) la traductrice française de « Gertrude », avec laquelle il eut un entretien animé sur la littérature française moderne, Sartre, Camus, Beckett et d’autres auteurs plus anciens. Le soir, je trouvai dans ma chambre la poésie sur la branche. (Poème ci-dessus) Je lui dis quelque chose comme : « C’est un de tes plus beaux poèmes. » Il sourit et repartit : « Alors, c’est bien. » Je lui fis la lecture, comme tous les soirs, puis il écouta à la radio une sonate de Mozart (No 7 en do majeur, K 309). Le matin, il mourut pendant son sommeil, d’une hémorragie cérébrale. La branche, dans la forêt, tient toujours. » (« Lettre de Ninon Hesse à Siegfried Unseld », octobre 1962).

 

Tag(s) : #Dans mon grenier, #Hermann Hesse

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