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Hain-Tenys
("science des mots ou paroles sages")


La terre est un palais qui regarde en haut,
Le ciel est un palais qui regarde en bas.
J'irai de l'autre côté de l'eau
Prendre Rasoa aux Sept Beautés.
Le roi joue avec les terres.
Je joue avec les filles des hommes.

Frère aîné, a-t-il un parfum de fruit,
Jeune frère, un parfum de feuilles
Que la maison ait une odeur de Roi ?
-- Non, c'est l'amour pour mon ami
Qui donne à la maison une odeur de Roi.

Vous êtes un fruit désiré,
Une précieuse banane.
Même si le papillon vous effleure,
Je ne vous quitte pas.
Celui qui meurt pour l'aimée
Est un petit caïman que sa mère mange.
Il revient au ventre qu'il connaît bien.

La colline sent bon la sauge,
L'oignon a l'odeur du citron.
-- Quand je sens l'odeur de l'amour,
J'en veux acheter, j'en veux échanger.
La parole tendre est comme un repas.

Si c'est pour vous,
Je suis l'œuf d'alouette au bord du chemin.
Si c'est pour un autre,
Je suis l'enfant d'oiseau qui dort loin de l'île.

Il n'y a pas de racine de la vie
Mais c'est l'aimé qui est racine de la vie.
Quand j'ai appris que vous veniez
Mon ventre s'est déchiré.
Je n'ai pas mis de lamba.
Comment vous saluer ?
Je ferai comme le riz près de la source.
Que le vent souffle, il ne penche pas,
Quand le soleil brûle, il ne fane pas.

La fille a grimpé sur un mûrier.
L'homme a grimpé sur un citronnier.
L'araignée les enlace.
Le Délicieux ne les laisse pas séparer.

Dans la forêt, tu étais le cardinal rouge
Mais ici, tu es couleur d'alouette.
Les femmes d'autrui sont des coraux
répandus sur la natte.
Les yeux aiment à les voir.
Les mains ne peuvent pas les prendre.

Rasoamananivo au pied de l'Angavo,
Vous faites des princesses avec les feuilles du tabac.
Vous faites des taureaux de terre glaise.
Vous mangez le fougères cuites.
Sur chacune des douze collines
Vous avez posé un flûte.
Je vous demande pardon, montées des routes
Je vous demande pardon, descente des routes
Ramenez-moi à la maison, mon esprit,
Je suis fou d'une fille.

L'oiseau regrette la saison partie.
Je regrette mon amie en allée.
Boire de l'eau dans la main de son amie
N'est pas soif, mais caprice d'amour.

Ramatoa seule dans l'île,
Vous êtes douce l'été,
Lisse et luisante au printemps.
-- Je ne fais pas de travail qui rende laide.
Je ne vais pas par le plein soleil
Tant que le jour n'est pas adouci
Je ne sors pas.
Et je ne me baigne pas dans l'eau de la cruche.
Je me baigne dans l'eau de mes larmes.

Traduction Jean Paulhan, Les Hain-Tenys, Gallimard

 

 

Tag(s) : #Dans mon grenier, #Trésors de la poésie universelle, #Jean Paulhan

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