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Je vais dormir / Voy a dormir

Dientes de flores, cofia de rocío,
manos de hierbas, tú, nodriza fina,
tenme prestas las sábanas terrosas
y el edredón de musgos escardados.

Voy a dormir, nodriza mía, acuéstame.
Ponme una lámpara a la cabecera;
una constelación; la que te guste;
todas son buenas; bájala un poquito.

Déjame sola: oyes romper los brotes…
te acuna un pie celeste desde arriba
y un pájaro te traza unos compases

para que olvides… Gracias. Ah, un encargo:
si él llama nuevamente por teléfono
le dices que no insista, que he salido…

Dents de fleurs, coiffe de rosée,
mains d’herbe, toi, ma douce nourrice,
prépare les draps de terre
et l’édredon de verdure.

Je vais dormir, ma nourrice, berce-moi.
Pose une lampe à mon chevet;
une constellation, celle qui te plaît;
elles sont toutes belles : baisse-la un peu.

Laisse-moi : écoute se rompre les bourgeons…
un pied céleste te berce de tout là-haut
et un oiseau esquisse quelques voltes

pour que tu puisses oublier… Merci. Ah, une requête :
s’il venait à me téléphoner
dis-lui qu’il n’insiste pas, que je suis sortie…


"Fille d'un industriel-brasseur argentin, née à Lugano, elle arrive avec ses parents à l'âge de quatre ans en Argentine. Alfonsina Storni devient comédienne et auteur. À 24 ans elle publie un premier recueil "Écrits pour ne pas mourir".

Souvent définie comme féministe au pays du machisme, elle est à la fois institutrice pour enfants attardés, égérie des bibliothèques populaires du Partido Socialista de Buenos Aires, et journaliste sous le pseudonyme de Tao Lao. Dès 1920 elle côtoie Borges, Pirandello, Marinetti, et rencontre Federico García Lorca.

La poésie de la dame brune se voile d'une douce et terrible noirceur, jusqu'à se laisser presque toute envahir par deux images incessantes : la mer et la mort, la mort et la mer, leitmotiv d'une inondation lente et inexorable des flots noirs, de "Frente al mar" (1919) à "Un cementerio que mira al mar" (1920), ou encore "Alta mar" (1934), et jusqu'au rêve prémonitoire "Moi au fond de la Mer". C'est ainsi d'ailleurs, qu'atteinte d'un cancer, Alfonsina Storni s'installe pour la dernière fois dans un hôtel de Mar del Plata en octobre 1938, et se suicide comme dans ses poèmes.

Ce tragique suicide inspira la chanson Alfonsina y el mar."

Tag(s) : #Dans mon grenier, #Alfonsina Storni

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