Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog



Porte des Jacobins, la Bastide surveille
les drapeaux colorés d’un peuple mécontent
et les vieux orateurs grognent sous le soleil
des paroles de feu que disperse le vent.

Place Carnot, assis devant un café noir,
j’entends autour de moi la confuse rumeur
des conversations, des rires, des espoirs
d’un babel langagier aux changeantes humeurs.
 
Sur le dos mordoré de la serveuse rousse
une dentelle noire attire les regards.
Son geste est un ruisseau où le sourire mousse.
Ses jambes sont un bois où le rêve s’égare.
 
Une cloche aigrelette égrène ses cinq cris
depuis la haute tour d’une église voisine.
Mais les yeux des buveurs clignent encor, surpris
par ce premier été que mars déjà dessine.
 
Oublieux des passants que le soleil lutine
une tribu ailée de pigeons gris s’agite,
comme ferait l’abeille aux fleurs qu’elle butine,
autour de pain rassis que l’on picore vite.
 
Les arbres alignés et nus semblent attendre
le permis de danser qu’apporte l’hirondelle.
Leur jeune frondaison irise de vert tendre
la grisaille des murs, le bleu pâle du ciel.
 
Un homme passe, lourd,  sac à dos à l’épaule,
une dame aux cheveux très courts teintés de roux,
un petit chien tout blanc qui renifle le sol,
un bambin de six ans que sa maman rabroue.
 
Comme un host en campagne aux brillantes armures,
sous le Pont Vieux, le fleuve enhardit ses remous.
La Cité le surveille, inquiète en ses hauts murs.
La Bastide endormie sur la rive s’échoue.
 
Le fleuve indifférent se souvient des montagnes,
des hauts sommets neigeux où naissent les rivières ;
il se souvient des bois, des sources, des campagnes,
et roule vers l’Orient pour affronter la mer.
 
Mais la rive paisible ignore sa grandeur.
Aux arbres des jardins trille le rossignol.
Sur le sentier tranquille où vont les promeneurs
s’ébattent les enfants qui sortent de l’école.
 
Une petite fille à la tresse dorée
passe dans le fracas léger de son vélo.
Une mouette dansante au vol énamouré
courtise le beau fleuve en effleurant ses eaux.
 
Les humains vont rentrer comme un troupeau docile
car sur le pont là-haut, dressée comme un guetteur,
la lampe de métal, sur son arche gracile,
sentant la nuit qui vient, veut allumer sa fleur.
 
Pierre Thiollière, 30 mars – 6 avril 2017

 
Tag(s) : #Pierre Thiollière, #Dans mon grenier

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :