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Il faisait cri
je pleurais noir
La peur glissait sur les miroirs
Que va-t-il se passer ce soir ?

Dysharmonies
entre le corps déjà perdu
et le coeur qui ne s’y retrouve plus
mais qui s’élance

Il faisait cri
et régnait le silence
Une poire blette est tombée
et ma jambe droite s’est cassée
exprès
pour m’empêcher d’avancer

Je n’ai rien dit
Mon coeur a regagné son nid
d’agonie
Le silence débordait de nostalgie
L’enfance de l’art
flirtait avec le poids des ans
Je piétinais l’espoir
mais il était encore vivant
Sa petite tête d’enfant
émergeait obstinément

Mon pied fêlé
a buté sur l’espoir
Il a fait cri
Il faisait noir

Les branches mortes
et leurs esquilles leurs béquilles
chaviraient parmi les néons
réverbérés fluorescents

Actes gratuits
posés là par hasard
ou par dépit

Il faisait cri
et il était trop tard
de plusieurs années
pour le train
des occasions manquées
Le maquillage tenait mal
sur la peau fatiguée
Et les bras m’en tombaient
sur mon genou brisé
(tous les prétextes sont bons
pour cesser de marcher).

Je m’inventais
mille raisons de me taire
et presque autant de trop parler
pour ne rien dire
de l’essentiel

L’essentiel c’était

Je vis

même si j’ai cent ans aujourd’hui
la vie de toutes ses dents jaunies me sourit

Je vis

Ma course s’accélère
et l’air
siffle contre mes joues

je suis
presque aussi libre que lui

Je vis

Regarde-moi comme j’ai envie
de mordre encore
et de courir
avec ma jambe en morceaux
le long du lac

Je vis je vis

Regarde-moi

Il faisait cri

Ne tourne pas le dos
le spectacle est trop beau -

Je ramasse mes ans et mes kilos
comme des jupes je les tiens haut
pour mieux courir
tel un oiseau
qui ne sait pas encore ce que voler veut dire

Ma jambe traîne à l’abandon
Je cours sans elle je m’en fous
La boue
fait des succions de fellation
à mes genoux.

JoH 1998

Tag(s) : #Jo Hubert, #Dans mon grenier

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