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Il était une fois une fille ayant perdu le sourire.
De vin mauvais, abrupt, fouette les sangs, fouette les jusqu'au sang...
Pulse la trace en ses entrailles du dernier coup qui décida de son exil en haute chair.
Le coup de trop.
L'écriture du mal en elle, tendre brûlure.
 
Et la main qui la tient en sa pure imminence frôle la peau du temps de toutes ses frayeurs, et griffe d'un seul geste : tout ce qui s'écrira puisera là son encre car ici, le sens saigne.
La déchirure tremble où d'étranges chansons étrangement s'accrochent au passage des vents pour goûter ce sang là, en ce long corps penché sur la courbe d'écrire, si tendrement battant de si frêle innocence. Mais la main à la plume, doigts courbés vers la pointe, chauffe à blanc ses silences : prière sans après.
 
Parfois la lumière est cruelle : les marques sur la peau, l'indicible violine et les larmes de laves, des chansons sans paroles, visages trop blancs, lèvres trop rouges, le sax désemparé en bordure du soir lorsque l'amour aboie, quand l’heure se déhanche...
Écrire pour ne pas…
 
Que le diable l'emporte en ces gestes ultimes où diaphane la chair reçoit la mâle-mort, la honte, la fêlure... Le geste sans retour...
Des soli affolés transmuant tout cri blanc pleurent la Dévoilée. À la croisée des temps, de chair d’os et de sueur, son orgueilleuse flétrissure, sa rage à bout portant, son port de reine ivre, son rire inconsolable, sa soif inextinguible de n'avoir plus soif - “plus jamais plus jamais” - sa robe d'or fané constellée de précieuses vomissures, altière elle crie aux étoiles de se taire enfin, et c'est enfin…
 
Car elle est reine, enfin... Et le monde saisi sait qu’il ne faut pas rire car le ciel est immense, parfois. Que c’est rare la royauté, tant fugace est l’éclair.
Priant à pleines lunes une impensable nuit le saxo parle brut. Tout s'en vient s'en va, ça tourne et retourne autour d'un seul secret : l'incandescent trésor des larmes en attente. Ce cristal que nulle lumière…
 
Et qui brûle, pourtant, d’un sel incomparable. De ce feu d’ombres vous sourcez chaque jour de vos jours, mon esseulante amie, car qui d’autre saurait tremper le verbe au cri - sans faillir - sinon vous ?
 
Un seul geste vous ouvre : implacable, la lame en est de verbe. Et son fil est si fin que vous demandez grâce.
Il est des abandons dont on ne revient pas. Je le sais, maintenant que je vous vis à l’oeuvre : vos étamines, vos soies, vos subtiles brûlures, vos ombres même sont de foudres anciennes, par vous d’un seul regard atterrées, rampantes, presque dociles, presque... Plus anciennes que nous et qui par vous affleurent ici, à la pointe d’écrire. Elles sont la bave des premiers jours, lorsque le monde sortait encore du premier baiser.
Alors, à vos abois de vierge éperdue, je contemple les nues ouvrant cette blessure entre vous-même et vous. Lèvres mordues, foudres neigeuses, lait d’ombre crue... saigne le sens en plein silence. Et vous - pure senteur - me laissant pressentir ce qu’il en est de vous lorsque vous ployez l’arc, jusqu’insolence, jusque ferveur…
 
Alors, panser l’esseulement comme pansent les bêtes, avidement, à coups de langues et gémissements, baves et cris naissants. La prière nocturne.
Quand il ne reste rien, il ne reste qu'aimer comme ciel sur la terre.
Nos âmes sont de pluie.
 
- Dominique Bertrand - Montreuil le 26 01 16 -

 

Tag(s) : #Dominique Bertrand, #Dans mon grenier

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