Aux frontons des édifices, Aux frontispices, Si haut qu'un regard trop lourd plus jamais ne cueille, une devise n'a plus cours Dont je porte le deuil. Les têtes penchées des silhouettes voutées qui dorment sur les trottoirs perçoivent dans la flaque Le triste reflet de trois noms Gravés jadis sur les façades fières. Des lettres en toc et plexiglas palissent et tombent sur la pierre des parvis de glace. Coquilles vides de mots dévoyés livrés à l'usure des vents capitaux. Loran
D'un métissage bleu Aux yeux grands ouverts, La nuit dilue son encre noire A l'eau de l'aube, à l'heure blanche. J'aime cette nuit qui flanche Sous l'horizon d'ivoire et la chambre qui s'éclaire et réveille les feux, L'ambre chamoisé de ton corps et ton corps qui se cambre juste avant l'aurore. J'attends l'or de tes yeux et ton sourire de nacre et le sacre du jour accroché dans les branches où mille visages chiffonnent Mes brouillons de mémoire. Sous mes yeux entrouverts Une biche à la […]
Les métaphores sont-elles comme les doryphores ? Des bébêtes à pomme de terre, des bibittes à patates, en terres grasses du Québec. Petites bêtes du bon lieu, celui de l’écriture, elles vous boivent le sang des yeux, sans vergogne s’accouplent devant vous, et vous rongent la langue comme on mâche sa feuille ou le bout d’un crayon. Pour vous exténuer, extraire le jus de vos œuvres, elles vous empêchent de dormir, s’immiscent dans vos rêves les plus profonds, pour sucer les images au puits de […]
L'endroit était accueillant on y avait suspendu les heures. Des ilots de lumière tamisée de rouge accueillaient ça et là quelques ombres chinoises aux bois acajou des moucharabieh. Mon cerveau était en pause On m'attendait, quelqu'un me fit entrer. Sur le sable chaud des secondes inutiles jonchant le sol De lourds et riches tapis levantins encombrés de larges coussins s'étiraient parmi les soieries. Elle m'attendait là, à demi dévêtue buvant du vin de Parme sur un lit de dattes et raisins […]
Fruit confus Extirpé Violé Je suis mort Au jardin Des funérailles de l'infante assassinée. J'ai Dans le crâne Un grenier Que je promène Avec ses toiles Ses pinceaux de poussière Coulés de la lucarne Et Dans le sac qui me courbe l'échine Des années de plomb Des siècles de silence Et quelques brassées d'or. Je dépose aujourd'hui mon bagage Je marcherai léger Sur la fin De l'histoire. Celle qui m'attend Foule le raisin Du vin De nos épousailles. Loran (septembre 2011)
Un poème s'est noyé sous le pont des soupirs Dans l'eau scintillante d'une nuit vénitienne. Du papier florentin gonflé de souvenirs Les mots effacés pleurent l'encre phénicienne. Un poème s'est noyé pour des mots fredonnés, Un poète s'est noyé pour des mots périmés Dans l'âme en doline d'une amante obstinée revenant d'Argentine qui n'osait plus l'aimer. Sur le pont des soupirs les pierres se gondolent Aux versions sibyllines de l'histoire folle d'un amour immortel qu'on voudrait voir finir […]
Ici on tue, ici on meurt, au nom de dieu ou du business dans l'indifférence ou la passion selon la règle médiatique. Ici on tue, ici on meurt au nom du dividende, d'un libéralisme débauché, prostitué de force par les maquereaux du capital. Ici on tue ici on meurt pour un peu d'eau un peu de blé. Si t'as pas de fric t'es pas rentable, Tu ne vaux que l'argent que tu pèses. Pas de flouze, Tu n'es rien Tu n'as rien... Rien à perdre. Loran On estime qu'environ 81 milliards d'êtres humains sont […]
Seul, Au désert, Debout sur son rocher, Le faiseur de pluie chantait Depuis des heures sa mélopée Quand sur le sol aride Pour qu'il se taise Le ciel enfin s'épanche. La terre se fit grasse et nourricière C'est alors qu'ils arrivèrent Armés jusqu'aux dents Trainant derrière eux Leurs poubelles fleuries. Le déserteur Debout sur son rocher incendia les champs d'honneur. La pluie cessa... Loran
Là où les hommes s'agglutinent Là où ils s'organisent se tyrannisent se désobligent autour de leurs mines de leurs églises de leur bêtise qu'ils érigent en monuments pâles en arches triomphales jusqu'autour de leurs villes de leurs bidonvilles, Là où ils vivent Là où ils meurent pousse une étrange fleur qu'ils cultivent. Une fleur qui fait ses lois ses prix ses crimes et ses croix ses places ses cours ses escaliers ses légions, ses déclarations ses demoiselles et ses garçons ses tables et […]
Feux follets (poème de mes 14 ans, oublié au fond d'un carton) Qui sont ces petits êtres au fond de mon jardin? Qui cela peut-il être Qui se tiennent par la main....... Quelles sont ces choses étranges ? Ils dansent tous en rond Comme des petits anges Autour d'un potiron . Auraient-elles des âmes Ces petites flammes ? Qui effrayeraient les dames ? Ils sont feux follets, non De ma pensée reflet Ils dansent d'un pas guilleret. Laurent - 1973
Quand les militants courtisent Les courtisans militent. ils se montrent, promènent à la sauce leurs écrans de fumée puis masquant le vide de leurs échoppes ils décorent leurs vitrines pour des alouettes fatiguées. Quand les courtisans courtisent ils s'écoutent parler. Leurs ânes rient ils ne les entendent pas. Ils s'affilient s'inscrivent en lice et chantent leur chanson apprise avec l'idole Qu'ils tutoient en mouillant leur culotte. Ils organisent des débats et parlent des droits de […]
Ferré:La méthode Vidéo fidjie sélectionnée dans Arts & Talents Apprendre rien c'est difficile et délicat Et compliqué et con et inutile Czerny? D'accord! Larousse? D'accord! La Géo? D'acc! La pharmacopée? Demandez à mon père c'était un spécialiste Il emportait avec lui des valises le sentiment barré du Codex Des infusions particulières qui sait? L'éternelle jeunesse? - Et si je meurs? Il est mort! Apprendre rien? C'est Hamlet, tiens! To learn or not to learn... that is... that is... c'est […]
Ses chaines enfin brisées il les mit dans un sac, Puis, lorsqu'il fut dressé, bien planté sur ses pieds l'Homme enchaina l'homme. L'autre qui rêvait d'humanisme, et n'avait pas inventé la poudre se prît à rêver d'un grand soir qui briserait enfin ses chaines qu'il glisserait dans un sac... Loran .
Comme un sentiment de révolte propre à notre époque.... Qaïn Leconte de Lisle (Extrait) ... Je regarde marcher l'antique sentinelle, Le Khéroub chevelu de lumière, au milieu Des ténèbres, l'esprit aux six ailes de feu, Qui, dardant jusqu'à moi sa rigide prunelle, S'arrête sur le seuil interdit par son dieu. Il reluit sur ma face irritée, et me nomme : – Qaïn, Qaïn! – Khéroub d'Iahvèh, que veux-tu ? Me voici. – va prier, va dormir. Tout s'est tu, Le repos et l'oubli bercent la terre et […]
"On supprimera l'Ame Au nom de la Raison Puis on supprimera la Raison. On supprimera la Charité Au nom de la Justice Puis on supprimera la Justice. On supprimera l'Esprit Au nom de la Matière Puis on supprimera la Matière. Au nom de rien on supprimera l'Homme ; On supprimera le nom de l'Homme ; Il n'y aura plus de nom. Nous y sommes." Armand ROBIN , 1945
Parrèsia