Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 17:46

Notre prison, écrivait Cocteau, n'a que trois murs et c'est contre le quatrième que nous nous acharnons, sur ce quatrième mur invisible que nous écrivons nos amours et nos rêves... Et toi mon âme, toi qui réclamais la lumière du jour, toi qui l'avais sentie si fort, hors de cette caverne mythique, presque hors d'atteinte, toi qui fis le voyage et t'y abandonnas en volupté, ainsi choisirais tu de n'en garder que le souvenir rapporté au creux de ta pénombre retrouvée ? Faut il fuir le bonheur de peur de le perdre ?

Je veux dresser un pont entre tes murs et les miens... un arc en ciel, lumineux passage hors du temps, une porte dérobée vers la vie, un chemin de lumière.

Je hais l'attente silencieuse entre ces murs qu'un amour lointain ensoleille pourtant... Elle sèche ses larmes avant qu'elles ne coulent sur ma joue et je me force à rire enfin feignant de croire en ton assurance heureuse...
Mon corps ici et mon coeur si loin, mon âme qui s'écoeure dans ce chaos des sens et l'indécent mélange de deux réalités parallèles qui se touchèrent pourtant au creux de l'infini.

Reconquérir la raison par le coeur et taire les voix de l'inquisition... Je hais cette morale bâtisseuse qui fait de l'amour un délit... Si seulement je pouvais choisir la paix raisonnable et la certitude froide d'un géant de marbre... Mais voudrais je oublier le doux mélange de nos ivresses tendres, éteindre cette flamme et te perdre, me perdre enfin ?

Y a t-il des prisons raisonnables ?

Loran

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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 22:19
                                                          
Une péniche de joie
Glisse sur mon lacrymal.
J'ai singé Attila
Pissant du haut d'son cheval !
J'imitais la Madone
Enveloppée dans sa carapace.
J'ai poussé Al Capone
À vendre sa cuirasse.
Un mercenaire fébrile
Pleurait dans mon mouchoir,
Pendant qu'une imbécile
Récurait son couloir,
Son couloir de batailles,
Rayé de zèbres fourbes,
Quadrillant la mitraille
En épousant la courbe.

J'ai vu le président
Cracher dans un calice !
J'ai vu le président
Se soigner les varices.
J'ai vu son firmament
Se dépuceler d'étoiles.
J'ai vu mes trente-deux dents
Se transformer en poils !
"Ta Gueule !" me dit l'apôtre,
"Au Cul !" me dit l'évêque !
Si tu veux être des nôtres
Il faut clouer ton bec !

Ah ! Si c'était si simple,
Je fermerais ma gueule,
Je prendrais l'aller simple,
J'aimerais y aller seul.
Et puis je suis content,
Et puis vous êtes contents,
Et puis ils sont contents,
Alors je suis content
Que tout le monde soit content.


Ecoutez-moi, caricatures !
Serpents de magnésium
Rampant mon oesophage,
S'enivrant de l'hélium
De l'estomac du sage,
Du sage que je suis
Ou que je croyais être.
Suis-je un monstre de suie ?
Je croyais me connaître.

Répondez-moi, caricatures !

Le soleil s'est couché
Sur un autre univers.
J'ai inventé le pied
Qui culbutera la Terre.
Caricatures de vie,
Montagnes de mensonges,
Suis-je un monstre de suie ?
Ne serais-je qu'un songe ?
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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 10:45
Clip "Si j'étais le Messie" [Ange, 1975]


 

 


Si j'étais le Messie, je raconterais n'importe quoi,
N'importe où, n'importe comment,
Et les gens me croiraient,
Ils n'ont rien d'autre à faire...
Si j'étais le Messie, je mènera is en bateau
N'importe qui, n'importe comment,
Et les gens me croiraient,
Ils ne connaissent pas mes eaux...
Si j'étais le Messie, je serais pédéraste,
Avec n'importe qui, n'importe comment,
Et les gens me suivraient,
Reniflant mon derrière...
Si j'étais le Messie, je me ferais voleur,
Avec n'importe qui, n'importe comment,
Et les gens se tairaient,
N'ayant rien d'autre à faire...
Si j'étais le Messie, je construirais un temple,
Avec n'importe quoi, n'importe comment,
Et les gens y viendraient
Pour y montrer leurs airs...
Si j'étais le Messie, j'aurais un oeil de verre,
Pour pouvoir fermer l'autre, pour ne rien voir du tout,
Et les gens me plaindraient,
Et vanteraient ma misère !
Si j'étais le Messie, je serais un ivrogne,
Boirais n'importe quoi, n'importe comment et n'importe où,
Et les gens m'imiteraient,
Croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je marcherais sur l'eau,
N'importe où, n'importe comment,
Et les gens se noieraient,
Croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je ferais des miracles,
N'importe où, mais PAS n'importe comment,
Et les gens s'étonneraient, criant :
"Au nom du père !"
Si j'étais le messie, j'inventerais une crèche,
Pas n'importe comment, pas pour n'importe qui,
Seulement pour les enfants.
Les enfants grandiront, croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je me ferais crucifier,
Pas par n'importe qui, pas n'importe comment,
Et les gens pleureraient,
Ne sachant trop que faire...
Je ne suis pas Messie, heureusement pour ma mère,
Qui ne pourrait plus vendre sa virginité,
Car les gens l'achèteraient,
Croyant toujours bien faire...
Il y a très longtemps, il y eut un Messie,
Il est venu d'ailleurs, d'une autre galaxie,
Et les gens l'ont tué...
Ils avaient cru bien faire !
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 13:41

LE FRANÇAIS


Moi qui vis à Paris depuis plus de vingt ans,
Qui suis né quelque part au coeur de la Champagne,
Jusqu'à ces temps derniers je m'estimais content,
Mais tout est bien fini, la panique me gagne.
Quand je lève mes yeux sur les murs de ma ville,
Moi qui n'ai jamais su plus de trois mots d'anglais,
Je dois parler par gestes... et c'est bien difficile...
Alors je viens chez vous retrouver le français.
Mes amis pour un rien se font faire des check-up,
Moi je me porte bien, j'en rigole de confiance,
J'écoute des longs playings le soir sur mon pick-up;
Des rockmens, des crooners, y en a pas mal en France.
Et j'bouffe des mixed-up grills, des pommes chips à gogo,
Alors que j'aim'rais tant manger des pommes de terre
Avec des p'tits bouts d'foie et des p'tits bouts d'gigot,
Mais pour ça c'est fini, il faudra bien s'y faire.
On boit des lemon dry dans les snack-bars du coin,
En plein coeur de Paris ça me fait mal au ventre,
Et l'odeur des hot-dogs j'la sens v'nir de Si loin
Que mon coeur se soulève aussitôt que j'y rentre.
Et l'on fait du footing, du shopping, des plannings,
De quoi décourager mêm' la reine d'Angleterre.
Ma femme la s'main' dernière s'est fait faire un lifting,
J'ai fait du happening pour passer ma colère.
Mais ça peut plus durer, j'peux plus vivre comm' ça,
J'aime le vieux langage que parlaient mes ancêtres.
Je vous jure que chez nous il s'en va pas à pas
Tant pis pour nos enfants, ils s'y feront peut-être,
Mais moi je n'm'y fais pas, alors j'ai pris l'avion,
J'ai salué Paris du haut de ma nacelle,
Je suis venu chez vous chercher avec passion
Au bord du Saint-Laurent ma langue maternelle.


Bernard Dimey
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 13:38

J' AIMERAIS TOUT SAVOIR bernard dimey

(Bernard Dimey / Jehan Cayrecastel)

J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles,
J'aurais eu le plaisir de t'avoir vue dormir
La boucle de cheveux autour de ton oreille,
L'instant, l'instant précieux où tes yeux vont s'ouvrir.
On peut dormir ensemble à cent lieues l'un de l'autre,
On peut faire l'amour sans jamais se toucher,
L'enfer peut ressembler au Paradis des autres
Jusqu'au jardin désert qu'on n'avait pas cherché.

Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils?
On dit depuis toujours, "le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin",
Mais chaque heure pour moi n'est qu'un nouveau désastre,
Il n'est pas sûr du tout qu'il fera jour demain.

Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles,
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit,
Mes heures s'éternisent et sont toutes pareilles,
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit,
Je ne crois pas en Dieu mais j'aime les églises,
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant… Mais la place était prise
Toi seule sait vraiment pourquoi je m'en souviens.

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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 13:32

Bernard Dimey

Je ne dirai pas tout.
J'aurai passé ma vie à me décortiquer, à me déshabiller,
à donner en spectacle à n'importe quel prix ce que
j'avais de plus précieux, de plus original,
plus vivant que moi-même,
au prix de quelques efforts,
je ne le dirai pas.

Je ne dirai pas tout.

On passe au beau milieu de ses contemporains et la
figuration n'est pas intelligente.
lls ont tous un cerveau fendu par le milieu
dont toute une moitié se transforme en silex.

Je vais jour après jour, envers et contre tout, vers mon point de départ,
cercueil aussi tranquille, aussi doux qu'un berceau.

Le besoin de parler ne m'a pas réussi,
les hommes sont cruels et crèvent de tendresse,
les femmes sont fidèles aux amours de hasard,
tout le talent du monde est à vendre à bas prix
et qui l'achètera ne saura plus qu'en faire.

L'animal a raison qui sait tuer pour vivre...
Les animaux sont purs, ils n'ont pas inventé la morale
au rabais, les forces de police
ni la peur du néant, ni le Bon Dieu chez soi,
ni l'argent ni l'envie
ni l'atroce manie de rendre la justice.

Les poissons de la mer n'ont pas d'infirmités.
Là, chacun se dévore et s'arrache et s'étripe
et le meilleur des mondes est encore celui-là,
sans paroles perdues, sans efforts de cervelle,
mensonges cultivés, mis au point, sans techniques...

L'antilope sait bien qu'un lion la mangera, elle reste gracieuse.
La savane est superbe, elle y prend son plaisir
et moi de jour en jour
je suis comme un crapaud, de plus en plus petit,
écrasé, aplati malheureux sous une planche de jardin.
Le soleil me fait peur... Vos regards d'imbéciles ont eu
raison de moi.

Je ne dirai pas tout.
J'ai compris trop de choses,
mais de comprendre ou pas nul n'en devient plus riche.
La vie comme un brasier finira par gagner,
attendu que la cendre est au bout de la route
et que tous les squelettes ont l'air d'être parents.

Je croyais autrefois, à l'âge des étoiles et des sources et
du rire et des premiers espoirs
être né pour tout dire,
n'être là que pour ça.

Intoxiqué très tôt par le besoin d'écrire,
je me suis avancé parmi vous, pas à pas,
et l'on m'a regardé comme un énergumène,
comme un polichinelle au sifflet bien coupé
qui savait amuser son monde...

A la rigueur...
le faire un peu sourire, le faire un peu pleurer,
j'aurais pu devenir assez vite un virtuose mais le goût
m'est passé de parler dans le vent.

Je ne dirai pas tout.
J'ai le sang plein d'alcool, d'un alcool de colère,
et je vais achever ma vie dans un bocal comme un poisson Chinois
peut-être un celacanthe...
J'aurai, j'en suis certain, de l'intérêt plus tard,
vous aurez des machines à faire parler les morts,

Je vous raconterai mes crimes et ma légende
et je vous offrirai des mensonges parfaits
que vous mettrez en vers, en musique, en images,
mais vous aurez beau faire,
je ne dirai pas tout !

Je suis le descendant du vautour et du poulpe,
mes ancêtres, autrefois, survolaient vos jardins
et sillonaient vos mers.

Je ne dirai pas tout... Tant de peine perdue !

On peut avoir à dix-huit ans l'impérieux besoin d'aller
prêcher dans le désert
devant un auditoire de fantômes illettrés, de beaux
analphabètes ou de milliardaires courtois
ni plus ou moins idiots qu'un ouvrier d'usine...

Mais l'âge m'est passé des sermons de ce genre.
Je ne dirai pas tout !

Or, tout me reste à dire.
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Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /Mars /2009 18:39

Prière d’un petit enfant nègre  (Guy Tirolien)

                

tirolien.jpg
 


Seigneur
je suis très fatigué
je suis né fatigué
et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
et le morne est bien haut qui mène à leur école
Seigneur je ne veux plus aller à leur école ,
faites je vous en prie que je n’y aille plus
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
où glissent les esprits que l’aube vient chasser
Je veux aller pieds nus par les sentiers brûlés
qui longent vers midi les mares assoiffées
je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers
je veux me réveiller
lorsque là bas mugit la sirène des blancs
et que l’usine
ancrée sur l’océan des cannes
vomit dans la campagne son équipage nègre
Seigneur je ne veux plus aller à leur école
faites je vous en prie que je n’y aille plus
Ils racontent qu ‘il faut qu’un petit nègre y aille
pour qu’il devienne pareil
aux messieurs de la ville
aux messieurs comme il faut;
Mais moi je ne veux pas
devenir comme ils disent
un monsieur de la ville
un monsieur comme il faut
Je préfère flâner le long des sucreries
où sont les sacs repus
que gonfle un sucre brun
autant que ma peau brune
Je préfère
vers l’heure où la lune amoureuse
parle bas à l’oreille
des cocotiers penchés
écouter ce que dit
dans la nuit
la voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
les histoires de Zamba
et de compère Lapin
et bien d’autres choses encore
qui ne sont pas dans leur livre .
Les nègres vous le savez n’ont que trop travaillé
pourquoi faut il de plus
apprendre dans des livres
qui nous parlent de choses
qui ne sont point d’ici .
Et puis
elle est vraiment trop triste leur école
triste comme
ces messieurs de la ville
ces messieurs comme il faut
qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
qui ne savent plus conter de contes aux veillées
Seigneur je ne veux plus aller à leur école.


Balles d’Or a été publié par Présence Africaine en 1961 rédition en 1982

Voir aussi du même auteur le poème Black Beauty

 

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Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /Mars /2009 18:15

Relisant l'article précédant je me dis que finalement toute cette histoire est bien indigeste et que ce dialogue entre l'hôte et l'invité est plutôt du genre à vous couper l'appétit.

C'est sans doute à cause du style, peut être est-ce prémédité histoire d'évoquer en douce les réelles embuches de la spiritualité, laïque ou non...


Le texte qui suit, toujours provenant de la même source, devrait sans doute vous aider à y voir plus clair...

 

 

«la Lumière émane du Créateur», c'est ce que désigne le désir de créer les créatures et de faire leur délice. Cette phase est appelée point zéro (Chorech) ou Keter.

Puis cette lumière qui émane du Créateur crée un récipient qui lui correspond totalement par son désir de se délecter, emplit ce récipient et fait son délice. Cette phase est appelée phase un (alef) ou Hokhma.

L'attribut de cette lumière est de donner sans réserve, de faire plaisir, l'attribut du récipient est de recevoir, de se délecter. Quand la lumière pénètre le récipient, elle commence à lui transmettre ses attributs, et le récipient souhaite alors être semblable à cette lumière, il veut donner sans réserve, mais il refuse de recevoir car il n'a rien à donner. Ce processus correspond à la phase deux (bet), ou Bina.

Le récipient qui éprouve alors de l'abattement commence à réfléchir à propos du but de la création qui est de le créer et de faire ses délices. Cependant, ce récipient ne peut se délecter que s'il reçoit une certaine portion de lumière. La phase suivante correspond donc au désir de recevoir, disons, 10 % de lumière, de délices, mais dans une intention orientée vers le Créateur, sans recevoir le reliquat de lumière. Ce processus correspond à une phase mixte, la troisième (guimel), ou ze''ïr anpin (petit visage).

Après être parvenu à ce degré qui est constitué de deux éléments antagonistes, le récipient désir découvre qu'il est plus naturel pour lui de recevoir que de donner sans réserve, ce qui équivaut à ne pas recevoir. L'attribut originel renaît en lui, celui de recevoir et de se délecter. La lumière des Hassadim, qui n'a empli que 10 % du récipient, ne peut pas transmettre à celui-ci ses attributs du donner sans réserve, cet attribut originel qu'est le recevoir prédomine par conséquent sur les transformations extrinsèques de l'ancien désir de se délecter.

Suite à ce processus, le récipient décide de s'emplir, de se délecter à 100 %, de recevoir toute la lumière. Ceci correspond à la phase 4 (dalet), ou Malkhout. Ce récipient alors empli totalement de lumière est qualifié d'authentique, c'est une vraie créature parce que ses désirs émanent de lui-même, ce qui est différent du récipient de la phase alef qui, dépourvu d'aspirations personnelles, était passivement empli de lumière parce que tel était le désir de la lumière, du Créateur.

C'est seulement au cours de la phase quatre que la créature choisit véritablement de recevoir la lumière, de recevoir ce qui émane du Créateur. Ce premier désir de recevoir les délices procurés par la lumière apparaît alors à l'intérieur de la créature elle-même.

Les phases de Hokhma, Bina, Ze''ir anpin et Malkhout sont appelées les quatre phases de la diffusion de la lumière directe qui émane du Créateur pour créer le désir de recevoir, c'est-à-dire pour créer une créature authentique.

Il n'existe rien hormis le désir du Créateur consistant à faire plaisir, et le désir de la création consistant à recevoir, à éprouver des délices. Tout est subordonné à ce processus. Quoi que nous puissions dire de la création, de toutes les phases de son développement: minéral, végétal, animal et humain, tout est désir de recevoir une certaine portion de lumière, désir de se délecter.

Le Créateur a créé la création pour que, quand elle reçoit la lumière, elle se délecte non pas égoïstement, mais avec une perfection absolue: qu'elle éprouve des délices infinis et illimités. Si la lumière pénètre le récipient et l'emplit totalement, ce récipient ne peut plus rien recevoir, car la lumière éteint le désir, et la délectation disparaît avec l'extinction du désir.

Il n'est possible de recevoir sans limites que dans le cas où l'homme reçoit dans une intention non orientée vers soi-même, autrement dit quand il se délecte pour faire plaisir à celui qui donne. Par expérience, nous savons tous que même lorsque nous avons très faim et que nous commençons à manger, au bout d'un certain laps de temps, nous apaisons notre faim au point de ne plus désirer manger, même si les mets proposés sont les plus délicieux.

Le plaisir n'est pratiquement éprouvé qu'à la limite entre le plaisir lui-même et le désir d'éprouver du plaisir. Dès que le plaisir pénètre dans le désir et commence à le satisfaire, le désir d'éprouver du plaisir s'éteint progressivement. Si le plaisir est plus grand que le désir, il provoque même de la répulsion.

Comment transformer le plaisir en quelque chose de parfait et d'illimité? Un schéma particulier a été mis au point par le Créateur. Selon ce schéma, si l'homme éprouve du plaisir non pas de recevoir pour soi-même, mais de faire plaisir à autrui, ce plaisir est infini parce qu'il dépend de la quantité et de la personne à qui il peut faire plaisir, plus la quantité donnée est grande, plus cet homme éprouve de plaisir. Cet état engendre une existence éternelle, la perfection, et correspond aux attributs divins. C'est précisément à cet état que le Créateur souhaite amener l'ensemble de la création.

Si la créature souhaite exclusivement recevoir, elle se trouve naturellement dans un cercle fermé et a bien la sensation qu'elle est à l'intérieur de ce cercle. Si elle ressentait le plaisir que le Créateur éprouve quand elle se délecte, elle se délecterait infiniment, à l'image de la mère qui donne sans réserve à son enfant.

Le schéma optimal correspond à la perfection. La lumière ne porte pas de simples délices en elle, il s'agit des délices procurés par la connaissance illimitée, l'existence infinie, la connaissance de soi, l'analyse de soi, par la sensation d'éternité, de perfection et de délectation qui imprègne tout. Ce schéma idéal correspond au Créateur qui donne sans réserve la lumière à la créature. Cette créature consent à recevoir la lumière à la condition qu'elle fasse ainsi plaisir au Créateur. Ce schéma est qualifié de réciproque, porte le nom de lumière réfléchie, à la différence de la lumière directe qui émane du Créateur.

Pour réaliser ce schéma, il faut, avant tout, qu'il y ait un désir qui attire la lumière directe vers la créature. Ensuite, la créature place un יcran sur le trajet de cette lumière, un écran qui fait obstacle à la pénétration de la délectation éprouvée à des fins personnelles et qui dirait en quelque sorte qu'il peut recevoir les délices en lui, mais seulement dans une portion équivalant à ce qu'il peut donner sans réserve, autrement dit dans une intention orientée vers le Créateur. En d'autres termes, l'échange suivant a lieu: le Créateur procure du plaisir à la créature, celle-ci consent à éprouver, à recevoir ce plaisir à la condition exclusive que, ce faisant, elle fasse plaisir au Créateur.

La Baal HaSoulam prend l'exemple très simple de l'hôte et du maître de maison. Le maître de maison offre à son hôte une table garnie de mets. L'hôte s'assoit, mais il n'ose pas manger, tout d'abord parce qu'il ne veut pas se sentir en position de recevoir, puis il ne sait pas très bien à quel point le maître de maison est sincère dans son désir de le régaler. L'hôte éprouve de la honte d'être en position de recevoir tandis que le maître de maison donne; c'est pourquoi cet hôte refuse ce qui lui est proposé afin de connaître le véritable désir du maître de maison.

Si le maître de maison se met à insister, demande à son hôte de faire honneur à ce qu'il lui propose, en assurant que cela lui ferait plaisir, alors, après avoir refusé à maintes reprises, mais convaincu totalement maintenant qu'il ferait plaisir au maître de maison, l'hôte se met à manger, mais cette fois, il se sent dans la position d'une personne non plus qui reçoit, mais qui donne au maître de maison.

Les rôles ont été inversés. Même si c'est le maître de maison qui a préparé tous les mets dans sa propre maison et invite à sa propre table, il comprend que son désir de faire plaisir dépend uniquement de son hôte qui détient le succès de l'entreprise et, par conséquent, peut diriger la situation.

Le Créateur a créé la créature spécialement pour que, sous l'action de la lumière, elle commence à éprouver un sentiment de honte en recevant et, en ayant recours à son droit de choisir, à son libre arbitre, elle parvienne au degré qui se caractérise par le fait que les créatures reçoivent, éprouvent des délices dans une intention non pas personnelle, mais orientée vers le plaisir du Créateur. Dans ce cas, la créature devient l'égale du Créateur, Malkhout s'élève au niveau de Keter et acquiert les attributs divins.

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Dimanche 8 mars 2009 7 08 /03 /Mars /2009 13:00
La table d'hôte  (Texte issu du site La Sagesse de la Kabbale)

Acte 1

Dans une demeure spacieuse bien éclairée, un homme d’allure agréable est occupé en cuisine. Il prépare le repas pour son invité qu’il attend de longue date. Jonglant d’une casserole à une autre, il se souvient des plats dont son invité est si friand. Son anticipation est joyeuse et manifeste. Avec les gestes d’un danseur, il place cinq plats sur la table, auprès de laquelle se trouvent deux chaises à coussin.

Toc, toc, l’invité entre. A sa vue, le visage de l’hôte s’éclaire, et celui-ci l’invite à passer à table. L’invité s’assied, tandis que l’hôte le couve affectueusement du regard. L’invité regarde les bons plats étalés devant lui, et les hume à distance. Il est clair que ce qu’il voit lui plaît, mais il exprime son admiration avec une modération pleine de tact, sans laisser paraître qu’il sait que ces mets lui sont destinés.

L’hôte: Prenez place; sachant combien ils vous plaisent, j’ai préparé ces plats tout spécialement pour vous. Nous savons tous deux à quel point je connais bien vos goûts et habitudes culinaires. Je sais que vous avez faim, je connais votre appétit, aussi ai-je tout préparé exactement comme vous aimez, en quantité idéale afin que vous n’en laissiez pas une miette.

Le narrateur: S’il restait un tant soit peu de nourriture après que l’invité soit repu, alors lui-même et l’hôte seraient tous deux déçus: l’hôte car il aurait donc présenté à son invité plus qu’il ne pouvait recevoir, et l’invité pour n’avoir pas pu entièrement satisfaire les espoirs de son hôte. L’invité serait également déçu d’être déjà rassasié, alors qu’il reste encore des délices mais plus de place dans son estomac. Cela signifierait que le désir d’en tirer du plaisir n’était pas assez grand.

L’invité, solennel: C’est vrai, vous avez préparé exactement ce que j’aurais aimé voir et manger à ma propre table. Même la quantité est idéale. Je ne saurais en demander plus pour davantage apprécier la vie. Si tout cela était à moi, je goûterais probablement au plaisir divin.

L’hôte: Eh bien mangez tout, et en vous régalant, régalez-moi.

L’invité entame son repas.

L’invité, la bouche pleine et se délectant visiblement, quoique légèrement gêné: Comment se fait-il que plus je mange, moins j’apprécie la nourriture? Le plaisir que j’en retire chasse la faim, et diminue au fur et à mesure. Plus je me rassasie, et moins j’apprécie mon repas. Et quand je l’ai fini,  il ne me reste plus rien que le souvenir du plaisir, et non le plaisir lui-même. Il n’y avait du plaisir que lorsque j’avais faim. Une fois ma faim disparue, le plaisir a fui pareillement. J’ai reçu ce que j’espérais tant, et me voici sans plaisir ni joie. Je ne désire plus rien, et rien ne me met en joie.

L’hôte, un peu irrité: J’ai fait tout ce que je pouvais pour vous satisfaire. Qu’y puis-je si le plaisir acquis s’éloigne de la sensation de ravissement parce que le désir a disparu ? Quoi qu’il en soit, vous êtes maintenant pleinement rassasié de tout ce que je vous avais préparé.

L’invité, se défendant: En faisant honneur à tout ce que vous avez préparé pour moi, je ne peux même pas vous remercier, puisque je ne peux plus apprécier l’abondance que vous m’avez offerte. Mon sentiment principal est celui d’avoir reçu de vous sans rien vous avoir donné en contrepartie. Et par conséquent vous me rendez honteux, en me faisant remarquer inconsidérément que c’est vous qui donnez, et que je ne fais que prendre.

L’hôte: Je ne voulais pas vous montrer que c’était vous qui receviez et moi qui donnais. Mais le simple fait de recevoir quelque chose venant de l’extérieur vous a donné l’impression que vous receviez de ma part, en dépit de ma gentillesse naturelle qui ne souhaitait rien de plus que vous voir accepter ma nourriture. Je n’y puis rien changer. Par exemple, j’élève des poissons: peu leur importe qui les nourrit… Et Bob, mon chat, il se moque pas mal de savoir quelle main lui donne à manger. Mais mon chien Rex, lui, n’accepte pas sa nourriture de quiconque. Les gens sont ainsi faits et certains reçoivent sans se rendre compte qu’on leur donne, ils prennent, un point c’est tout. Il y en a même qui volent sans remords! Celui qui par contre a développé sa propre perception, perçoit qu’il y a quelqu’un qui donne, ce qui le rend conscient et sait que c’est lui qui prend. Ceci entraîne honte, remords et sensation d’agonie.

L’invité, quelque peu apaisé: Mais comment puis-je faire pour d’une part recevoir du plaisir, et de l’autre ne pas me considérer comme celui qui prend? Comment neutraliser ce sentiment intérieur: «Vous me donnez et moi je prends?» S’il s’agit d’échanger mutuellement et que cela me rende honteux, comment éviter cela? Ou peut-être pourriez-vous faire en sorte que je n’ai pas l’impression de recevoir! Mais cela n’est possible que si j’ignore votre existence (tels les poissons) ou bien si je vous ai perçu mais sans comprendre que vous me donniez (tel le chat) ou bien en tant qu’être humain au développement incomplet.

L’hôte, dont les yeux se plissent sous l’effet de la concentration, et attentif à ses paroles: Je crois entrevoir une solution, après tout. Peut-être pourriez-vous agir sur vous-même afin de supprimer cette sensation de recevoir?

L’invité, son regard s’éclairant: Ah, je comprends! Vous avez toujours voulu m’accueillir en tant qu’invité. Eh bien demain, je reviendrai, et cette fois-ci me comporterai de manière à ce que vous-même, vous vous sentiez non plus comme celui qui offre, mais comme celui qui reçoit. Bien sûr, je serai toujours dans la situation de celui qui reçoit, et mangerai tout ce que vous aurez préparé, mais je me percevrai comme celui qui donne.

Acte 2

Le lendemain, dans la même pièce, l'hôte a préparé un nouveau repas, avec exactement les mêmes mets que ceux de la veille. Il s'assoit à table et l'invité entre, affichant sur son visage une expression inhabituelle et quelque peu réservée.

L'hôte, avec un grand sourire, sans avoir remarqué le changement: Je vous attendais. Je suis si heureux de vous voir, je vous en prie asseyez-vous.

L'invité s'assoit et sent poliment la nourriture. Regardant le repas: Tout ça pour moi?

L'hôte: Mais bien sûr! Rien que pour vous! Je serai si heureux si vous vouliez bien accepter tout ceci.

L'invité: Je n'y tiens pas tant que ça.

L'hôte: Allons, ce n'est pas vrai! Vous y tenez et je le sais pertinemment! Pourquoi ne pas en profiter?

L'invité: Je ne peux pas accepter tout ceci de votre part. Cela me met mal à l'aise.

L'hôte: Comment ça, mal à l'aise? Je tiens tant à ce que vous en profitiez pleinement! Pour qui pensez-vous que j'ai cuisiné? Ca me ferait tant plaisir si vous mangiez tout cela.

L'invité: Vous avez peut-être raison, mais je ne veux pas accepter tous ces plats!

L'hôte: Mais en fait, vous ne recevez pas un repas, c'est vous qui me faites une faveur en vous asseyant à ma table et en appréciant ce que j'ai préparé. Après tout, je n'ai pas préparé tout cela pour vous, mais parce que j'aime que vous le receviez de ma part. Voilà pourquoi le fait que vous consentiez à manger ne serait pas de votre part recevoir, mais une faveur que vous me feriez. Vous recevrez tout cela pour moi! De votre côté, il ne s'agirait pas du tout de prendre, mais au contraire de m'accorder une grande joie. Il en résulte que ce n'est pas vous qui recevez mon repas, mais en fait c'est moi qui en retire un grand plaisir, grâce à vous. C'est vous qui me donnez, et non le contraire.

Le propriétaire des lieux avance de façon implorante le met parfumé devant son invité réticent. Celui-ci le repousse. De nouveau l'hôte le fait glisser vers son invité, et essuie un nouveau refus. Il soupire et tout son être manifeste le désir de voir l'invité accepter la nourriture.

L'invité se met dans la position de celui qui donne et ferait une faveur à l'hôte.

L'hôte: Je vous en supplie, faites-moi plaisir!

L'invité commence à manger, puis s'arrête pour réfléchir. Il recommence, puis s'interrompt à nouveau. A chaque pause, l'hôte l'encourage à continuer. Une certaine dose de persuasion est nécessaire pour que l'invité poursuive.

L'hôte présente de nouveaux mets à son invité, le suppliant à chaque fois de lui faire plaisir en les acceptant.

L'invité: Si je pouvais être certain que je mange parce que cela vous procure du plaisir et non parce que j'en ai envie, alors vous devenez celui qui reçoit et moi celui qui vous fait plaisir. Mais pour cela, je dois être certain de ne manger que dans votre intérêt, et non pas pour le mien.

L'hôte: Absolument, vous ne mangez que pour moi. Après tout, vous vous êtes attablé et n'avez rien goûté avant que je ne vous aie prouvé qu'il ne s'agissait pas uniquement de manger, mais c'est en fait une grande joie que vous me faites. C'est pour me faire plaisir que vous êtes venu.

L'invité: Mais si je devais accepter quelque chose pour laquelle je n'ai initialement pas de désir, quelque chose que vous m'offririez juste pour que je l'accepte, alors je n'apprécierais pas ce don, et vous ne connaîtriez pas le plaisir de me voir accepter facilement votre offre.

Et donc, vous ne pourrez éprouver de plaisir qu'à condition que j'apprécie votre offre.

L'hôte: Je sais exactement combien vous appréciez cette nourriture, combien vous pouvez manger de chaque plat, et c'est en fonction de cela que j'ai préparé ces cinq plats. Après tout, je connais votre désir pour tel ou tel plat, et non pas pour quoi que ce soit d'autre dans votre vie. Le fait de savoir à quel point vous appréciez ce plat fait naître en moi la sensation du plaisir que vous éprouvez. Que vous aimez mes plats fait naître en moi une sensation de plaisir. Ce plaisir obtenu par vous est bien fondé, je n'ai aucun doute là-dessus.

L'invité: Comment puis-je être certain d'apprécier uniquement parce que vous voulez que j'apprécie et que vous avez préparé tout cela pour moi? Comment être certain que je ne devrais pas refuser, et qu'en recevant de votre part, c'est en fait moi qui vous fait plaisir?

L'hôte: Très simple! Parce que vous avez totalement refusé mes plats, et que ce n'est qu'après vous être assuré que vous le faisiez pour me rendre service que vous avez fini par accepter. Après tout, à chaque bouchée, vous percevrez que vous la prendrez pour moi, vous ressentirez la joie que vous m'apportez.

L'invité: Si je pense, à chaque fois que je reçois que je le fais pour vous - car sinon je refuserais de prendre, et si je combine cette intention au don que vous me faites, alors toute honte disparaît et je deviens fier de vous faire plaisir.

L'hôte: Alors mangez tout! Vous le désirez, et ainsi vous ne saurez me faire plus plaisir!

L'invité, (mangeant avec plaisir et terminant chaque plat jusqu'au dernier, mais toujours insatisfait au bout du compte): Voilà, j'ai tout mangé et suis repu. Il ne reste plus rien à apprécier. Mon plaisir a disparu, car je n'ai plus faim. A présent, je ne peux rendre heureux ni vous ni moi. Que faire, désormais?

L'hôte: Je ne sais pas. Vous m'avez procuré un immense plaisir en voulant bien recevoir quelque chose venant de ma part. Que puis-je faire d'autre pour vous, de sorte que vous appréciez encore et encore? Comment pourrez-vous vouloir encore manger, si vous avez déjà tout mangé? Que faire pour avoir à nouveau de l'appétit?

L'invité: C'est juste, mon désir d'avoir du plaisir s'est transformé en un désir de vous donner, et si désormais je ne peux pas ressentir du plaisir, alors comment vous procurer du plaisir? Après tout, je ne peux pas m'ouvrir l'appétit pour un autre repas de cinq plats.

L'hôte: Je n'ai d'ailleurs rien préparé de plus que ce que vous ne désiriez. De mon côté, j'ai fait tout ce qu'il fallait. Votre problème est le suivant: «Comment ne pas cesser d'en vouloir davantage, lorsque que je reçois de plus en plus?»

L'invité: Mais si le plaisir ne comble pas la faim, ce n'est pas perçu comme du plaisir. La sensation de plaisir découle de la satisfaction du besoin. Si je n'avais pas eu faim, je n'aurais pas pu apprécier la nourriture, et ainsi vous donner. Comment avoir un désir permanent et, en recevant à nouveau du plaisir, vous maintenir constamment dans la joie?

L'hôte: Pour cela, il vous faut une source de désir différente, et un moyen de satisfaction différent. En utilisant votre appétit pour la nourriture et le plaisir qui en dérive, vous les avez tous deux épuisés.

L'invité: J'y suis! Le problème, c'est que je me suis empêché d'éprouver de la joie, jusqu'au moment où je suis arrivé à vous percevoir, le bienfaiteur. J'ai opposé un refus tel, que même entièrement déployé devant moi, je ne pouvais accepter le repas, à cause de la honte. Celle-ci était si forte que j'ai préféré demeurer affamé plutôt que de me sentir honteux d'en être le bénéficiaire.

L'hôte: Et une fois convaincu que vous ne receviez pas pour vous-même, vous avez commencé à le faire par égard pour moi. Grâce à cela, vous avez apprécié à la fois la nourriture et le plaisir que vous me faisiez. Voici pourquoi la nourriture devrait être conforme à votre désir. Après tout, si vous ne tirez pas plaisir du repas, quel plaisir pourrez-vous m'apporter?

L'invité: Mais, sachant que vous m'appréciez, recevoir dans votre intérêt ne suffit pas. Si mon plaisir provient de votre joie, alors ce n'est pas la nourriture qui est la source de mon plaisir, mais vous! Il faut que je ressente votre joie.

L'hôte: Je suis tout à fait d'accord.

L'invité: Oui, mais de quoi mon plaisir dépend-il? Il dépend de vous, vous à qui je fais plaisir. Ce qui signifie que mon plaisir dépend de l'intensité du désir de vous donner, c'est-à-dire de l'étendue par laquelle je perçois votre grandeur.

L'hôte: Alors que puis-je faire?

L'invité: Si je vous connaissais mieux, si je vous percevais plus intimement, et si vous étiez vraiment important, alors votre grandeur et votre toute-puissance m'auraient été révélées. Ainsi, non seulement j'aurais eu plaisir à vous procurer satisfaction, mais également j'aurais été pleinement conscient de la personne à qui j'ai fait plaisir. Et donc mon plaisir eût été proportionnel à la révélation de votre grandeur.

L'hôte: Cela dépend de moi?

L'invité: Ecoutez, si je donne, il est important que je sache combien et à qui je donne. Si c'est à des êtres chers, comme mes enfants, alors le désir que j'ai de leur donner se mesure à l'étendue de l'amour que j'ai pour eux, car ainsi je me fais plaisir. Si par contre une personne dans la rue frappe à ma porte, je lui donnerai quelque chose par sympathie pour elle, parce que je perçois sa peine, ou parce que j'espère que si je venais moi-même à être dans la misère, quelqu'un m'aiderait aussi.

L'hôte: Ce principe sous-tend tout le concept du bien-être social. Les gens ont réalisé que sans assistance mutuelle, ils souffriraient tous, c'est-à-dire qu'à leur tour ils souffriraient, s'ils étaient dans le besoin. L'égoïsme force l'homme à donner, mais ce n'est pas un vrai don. C'est simplement pour lui une assurance de son futur.

L'invité: Je pense que ce type de don ne devrait même pas être pris en compte. Toute notre générosité n'est rien d'autre qu'une réception camouflée, la satisfaction de soi-même et de celle des êtres chers.

L'hôte: Mais alors, comment puis-je vous procurer un plaisir supérieur à celui trouvé dans le repas?

L'invité: Ca ne dépend pas de vous, mais de moi. Si la personne venant chez moi était non pas quelqu'un de normal, mais une personnalité très importante, j'en tirerais davantage de plaisir qu'avec une personne ordinaire. C'est donc que le plaisir ne dépend pas de la nourriture, mais de la personne qui l'a préparé pour vous!

L'hôte: Alors que puis-je faire pour gagner davantage votre respect?

L'invité: Parce que je reçois, non dans mon intérêt mais dans le vôtre - autrement dit parce que c'est moi qui vous donne, plus j'ai de respect pour vous et plus de plaisir j'en tirerai, étant bien conscient de la personne à qui je donne.

L'hôte: Alors que dois-je faire pour que vous m'estimiez davantage?

L'invité: Parlez-moi de vous, montrez-moi qui vous êtes! Alors je pourrais tirer du plaisir non seulement du repas, mais aussi du fait que je connaisse la personne qui me l'offre, de connaître la personne avec qui je suis en contact. La plus infime portion de nourriture reçue d'une grande personnalité équivaudra à une quantité de plaisir bien plus grande. Le plaisir croît en fonction de la considération que j'ai de votre personne.

L'hôte: Ce qui signifie que pour que ce plaisir grandisse, il convient que je m'ouvre davantage et que vous sachiez m'apprécier.

L'invité: Exactement! Voilà ce qui crée en moi un nouvel appétit. Le désir de vous donner grandit proportionnellement à votre grandeur, et non par volonté d'éviter cette sensation de honte qui m'interdit de satisfaire ma faim.

L'hôte: De cette façon, vous vous mettez à percevoir non pas la faim, mais ma grandeur, et le désir de me faire plaisir. Ainsi, vous commencez à répondre non pas à votre appétit (ce n'est pas cela qui vous a amené chez moi), mais à ma grandeur et au désir de me faire plaisir?

L'invité: Et qu'y a-t-il de mal à cela? Je peux tirer bien davantage de plaisir de la nourriture pour ce qu'elle représente en elle-même, en ajoutant à la faim un second désir, celui de vous donner.

L'hôte: Cela également je dois y pourvoir.

L'invité: Non, car le désir et sa satisfaction, je les crée en moi. Pour cela je n'ai besoin que d'une chose: vous connaître. Révélez-vous à moi et je créerai en moi un très fort désir de vous donner et tirerai plaisir du don, et non de la suppression d'un sentiment de honte.

L'hôte: Quel bénéfice en tirerez-vous, hormis celui d'un plaisir augmenté?

L'invité, (indiquant clairement que c'est là le point crucial): Il y a un autre avantage majeur: si je crée en moi un nouveau désir, distinct du caractère inhérent à la faim, je deviens maître de ce désir. Je peux toujours l'augmenter, le remplir de plaisir, et toujours vous donner en recevant du plaisir.

L'hôte: Le fait d'y répondre, tout comme avec la faim, ne le fera-t-il pas disparaître?

L'invité: Non, car je peux toujours créer en moi une plus grande image de votre personne. De nouvelles aspirations en vue de vous donner émergeront constamment, et en recevant de vous, je réaliserai ces désirs. Ce processus peut se poursuivre indéfiniment.

L'hôte: De quoi cela dépend-il?

L'invité: De la découverte constante de nouvelles vertus ainsi que de votre grandeur.

L'hôte: Ce qui signifie que, pour qu'un plaisir envers ses propres désirs demeure constant, de sorte que l'appétit ne cesse, même si l'on reçoit un plaisir égoïste, mais au contraire augmente grâce à cette réception, il convient de créer une nouvelle faim: le désir de ressentir, de percevoir celui qui donne.

L'invité: Oui, en plus de recevoir le plaisir (les mets), on devine la grandeur du donneur. La découverte de l'hôte et des mets devient la même. Le plaisir en soi fait prendre conscience de celui qui donne, que le donneur, la nourriture ainsi que les attributs du donneur ne font qu'un.

L'hôte: Il s'avère que depuis le début, ce que vous souhaitiez inconsciemment c'était la révélation de celui qui donne. En fait, pour vous, il ne s'agit de rien d'autre que de se satisfaire.

L'invité: Au départ, je ne comprenais même pas que je voulais cela. Tout ce que je voyais, c'était la nourriture, pensant que c'était cela que je désirais.

L'hôte: Je l'ai fait exprès! De sorte que vous développiez progressivement votre propre volonté que vous étiez censé créer de vous-même, et afin que vous l'assouvissiez de vous-même. Ce qui veut dire que vous avez pris simultanément le rôle de l'invité et de l'hôte.

L'invité: Pourquoi tout fonctionne-il donc ainsi?

L'hôte: Dans le but de vous amener à la plénitude. Afin que vous désiriez toute chose dans sa totalité et que vous atteigniez une satisfaction maximale. Afin que vous vous délectiez de chaque désir et que le plaisir ne soit en aucun cas limité.

L'invité: Mais pourquoi ne le savais-je pas dès le début? Après tout, tout ce que j'ai vu autour de moi étaient des objets de mon désir, sans même penser un instant que tout ce que je voulais réellement pendant tout ce temps, c'était vous.

L'hôte: Cela est conçu spécialement pour que, partant d'une situation dans laquelle vous ne me perceviez pas, de vous-même vous veniez à moi et créez ce désir intérieur.

L'invité, stupéfait: Mais si j'ai créé ce désir en moi, où êtes-vous dans cette histoire?

L'hôte: C'est moi qui, au départ, ai créé en vous un simple désir égoïste. Je le développe en vous entourant constamment de nouveaux objets de délice.

L'invité: Mais dans quel but?

L'hôte: Afin de vous convaincre qu'aucune poursuite de quelque plaisir que ce soit ne saurait vous satisfaire.

L'invité: Je peux le comprendre. Au moment même où j'obtiens ce que je veux, le plaisir perçu disparaît immédiatement, et de nouveau j'aspire à quelque chose d'autre, soit de plus grand soit de totalement différent. Et je me retrouve dans une quête permanente au plaisir, sans jamais pouvoir vraiment l'atteindre, parce qu'à l'instant où je mets la main dessus, il disparaît.

L'hôte: Voilà précisément la raison pour laquelle vous développez votre perception du Moi et prenez conscience de la futilité de ce type d'existence.

L'invité: Mais, au moment où vous m'exposerez l'image de ce qui se passe, je comprendrai le but de toute cette manœuvre!

L'hôte: Cette raison ne vous est révélée que lorsque vous êtes totalement convaincu du manque de sens de votre vie égoïste, et que vous prenez conscience de la nécessité de se conduire autrement. Il vous faut connaître votre racine ainsi que le sens de votre vie.

L'invité: Mais cela dure depuis des milliers d'années. Quand est-ce que cela cessera?

L'hôte: Rien n'est créé inutilement. Tout ce qui existe n'est là que dans le seul but d'amener l'individu à connaître une autre mode d'existence. Ce processus est lent, car chaque petit désir doit émerger et être reconnu comme indigne d'être appliqué dans sa forme initiale.

L'invité: Et de tels désirs sont nombreux?

L'hôte: Très nombreux! En proportion directe avec le plaisir que vous recevrez dans le futur. Mais le plaisir tiré d'un repas reçu ne change pas. Vous ne pouvez manger plus d'un repas par jour. Le volume de votre estomac est invariable. Par conséquent, la part que je vous offre et que vous recevez ne varie pas. Mais en dînant à ma table dans le but de me faire plaisir, cette démarche crée en vous une nouvelle volonté et un nouveau plaisir, distinct du plaisir lié à la nourriture. Ce plaisir se mesure en taille et en puissance, c'est-à-dire en quantité et en qualité, en fonction de la quantité de plaisir que vous avez obtenu en dînant à ma table pour me faire plaisir.

L'invité: Comment alors augmenter mon désir de recevoir du plaisir dans votre propre intérêt?

L'hôte: Cela dépend de l'appréciation et du respect que vous avez pour moi, de l'estime que vous avez pour moi.

L'invité: Alors comment augmenter l'estime que je vous porte?

L'hôte: Pour cela il vous suffit de me connaître davantage. De me voir dans chacune de mes actions. De m'observer et d'être convaincu de ma grandeur. Convaincu de ma toute-puissance, de ma compassion et de ma gentillesse.

L'invité: Eh bien alors dévoilez-vous!

L'hôte: Si votre requête émane d'un désir de me donner, alors je me révèlerai. Mais si votre désir provient d'un désir d'autosatisfaction à l'idée de me voir, non seulement je m'abstiendrai de me manifester, mais je m'isolerai de vous encore plus profondément.

L'invité: Pourquoi? Quelle que soit la manière dont je reçois de vous, est-ce que ça ne revient pas au même, pour vous? Après tout, vous voulez que j'ai du plaisir? Pourquoi vous cacher?

L'hôte: Si je me dévoile entièrement, vous percevrez tant de plaisir à l'idée de l'éternité de ma toute-puissance et de ma grandeur que vous serez incapable d'accepter ce plaisir dans mon propre intérêt. Cette pensée ne vous traversera même pas l'esprit, et vous vous sentirez accablé de honte par la suite. De plus, parce que le plaisir sera perpétuel, cela éliminera votre désir, comme nous l'avons précédemment montré, et vous laissera vide de tout désir.

L'invité, (réalisant enfin): C'est donc pour ça que vous vous dérobiez à moi, pour m'aider! Et moi qui pensais que c'était parce que vous ne vouliez pas que je vous connaisse.

L'hôte: Mon plus grand désir est que vous me voyiez et soyez à mes côtés. Mais qu'y puis-je si alors, vous n'arrivez pas à ressentir de plaisir… ne serait-ce pas la même chose que mourir?

L'invité: Mais si je ne suis pas conscient de votre personne, comment puis-je alors progresser? Tout dépend de combien vous vous révélez à moi.

L'hôte: Effectivement, seule la perception de ma présence crée en vous la capacité de grandir et de recevoir. Sans cette perception, vous ingurgitez tout et cessez immédiatement d'éprouver du plaisir. Voilà pourquoi, lorsque j'apparais devant vous, vous éprouvez de la honte, le sentiment de celui qui donne, un désir de recevoir les mêmes attributs que le donneur.

L'invité: Eh bien révélez-vous à moi au plus vite.

L'hôte: Je le ferais, dans la mesure ou vous en bénéficiez, car j'ai toujours voulu me révéler à vous. Après tout, si je me cache c'est volontairement, afin de créer pour vous les conditions d'une liberté de choix, afin que vous agissiez et choisissiez de penser malgré ma présence, sans la moindre pression de la part de l'hôte.

L'invité: Et comment donc vous révélez-vous à moi?

Publié dans : Esoterisme
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Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /Mars /2009 22:23
L'étoile à cinq pointes, à cinq branches, celle qu'on appelle étoile flamboyante et qu'on retrouve partout, sur certains drapeaux ou sur des poitrines guerrières, qu'elle soit héraldique, maçonnique, islamique ou soviétique n'est pas seulement une figure géométrique représentant ces points lumineux qui scintillent dans notre ciel. Elle est un symbole bien entendu que chacun, chaque communauté qui l'arbore, explique à sa manière. Elle est surtout un secret suprême hermétique et le grand arcane de ces Cabalistes Chrétiens qui fleurirent au temps des Alchimistes.

En tant que symbole de l'Islam, hérité de l'empire byzantin et repris par l'empire ottoman chacune de ses branches représente l'un des cinq piliers de l'Islam qui sont : La Chaada, la prière, l'aumône, le jeûne et le pèlerinage...

Mais Le docteur Gérard Encausse, alias Papus, et avant lui le grand maître Eliphas Lévi, qui ont su rendre accessibles de nombreuses connaissances enfouies dans la Tradition ésotérique,  ont expliqué que l'étoile flamboyante était le symbole de la toute puissance de la pensée. Il s'agit selon eux du signe de l'Homme-Dieu ou de l'incarnation de Dieu en l'Homme...  Mais, c'est bien connu les révélations faites par ces amoureux d'ésotérismes dissimulent plus qu'elles ne dévoilent.

Cinq branches à cette étoile, cinq piliers, cinq doigts de la main sur lesquels nous allons apprendre à compter, compter les anges ou les planètes...  Il est question en Cabale de 72 "génies" ou "entités" ou mieux encore 72 énergies. Si je multiplie ces 72 par 5 j'obtiens un total de 360, c'est à dire les 360° de la circonférence et donc du zodiaque, or 5° de circonférence est justement l'espace zodiacal gouverné par chacun de ces génies. Ainsi, 5 jours par an, chacune de ces forces est à notre disposition. En fait ces 5 jours sont doubles; cinq sont offert à titre collectif, pendant que le soleil traverse la région du zodiaque gouvernée par chacun d'entre eux. Chaque génie est alors à la disposition de l'humanité, de chacun d'entre nous.
Les 5 autres jours nous sont accordés à titre individuel.  Chaque année, après notre anniversaire, les 72 premiers jours sont sous la domination successive de ces 72 forces célestes, les 72 jours suivant les mêmes génies recommencent à tour de rôle puis recommencent ce cycle quatre fois nous offrant 5 x 72 occasions de leur parler ou de profiter des leurs vertus.

Le secret de l'étincelle à cinq branches est qu'il faut vivre intensément profondément, avec la conscience déployée dans tous les sens, cinq fois soixante-douze jours par an, tous les ans, pendant des décades, des siècles, des millénaires... C'est le seul moyen pour nous rapprocher du Savoir, de l'omniscience : vivre et agir. C'est le seul et unique chemin;  il n'y a ni miracle, ni exercices, ni passe-droits qui permettent d'éviter l'épreuve de l'étoile flamboyante. C'est le seul moyen pour qu'en soi non seulement l'étincelle divine ne s'éteigne pas mais qu'elle devienne de plus en plus resplendissante.

Loran (inspiré du livre d'Haziel)
Publié dans : Esoterisme
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