Dans mon grenier

Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 19:36

Par Loran
 

        La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

        Un rond de danse et de douceur,

        Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

        Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu

        C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

        

        Feuilles de jour et mousse de rosée,

        Roseaux du vent, sourires parfumés,

        Ailes couvrant le monde de lumière,

        Bateaux chargés du ciel et de la mer,

        Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

        

        Parfums éclos d'une couvée d'aurores

        Qui gît toujours sur la paille des astres,

        Comme le jour dépend de l'innocence

        Le monde entier dépend de tes yeux purs

        Et tout mon sang coule dans leurs regards.

 

Paul Eluard (1895-1952), extrait de Capitale de la douleur.
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 00:16

Par Loran

Liberté de Paul Eluard

Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunis
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Dur miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

 


Paul Eluard
in Poésies et vérités 1942
Ed. de Minuit, 1942

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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 22:18

Par Loran
Au chant du coq
il n’est pierre qui chante
sinon la mort de marbre
sitôt pondu l’oeuf fragile
le convoi maternel
disparaît sans regret
le lit des jours est de paille précaire
les façades hautes des maisons
Roncevaux
muets des otages embarquent
vers un destin mécanique
il fait silence
si le destin aime les départs
toujours il en tait les raisons
et nous allons tournoyants derviches
dans l’infini des affres
vers quelque collision stellaire
avec aux lèvres accroché le râle
il faudra grandir vivre mourir
sans que s’attache
dans le vertige des puits sourds
un sens à la dérive
une raison aux caps
pris à la sauvette
nous serons guetteurs
des aubes escomptées
comptables des nuits assumées
de café en café
de trottoir en trottoir
mendiant une parole
suppliant pour un rire
glissant
titubant sur les papiers gras



C.E.A
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 11:00

Par Loran


Citroën

À la porte des maisons closes

C’est une petite lueur qui luit…
Mais sur Paris endormi, une grand
e lumière s’étale : Une grande lumière grimpe sur la tour, Une lumière toute crue. C’est la lanterne du bordel capitaliste, Avec le nom du tôlier qui brille dans la nuit.

Citroën ! Citroën !

C’est le nom d’un petit homme, Un petit homme avec des chiffres dans la tête, Un petit homme avec un sale regard derrière son lorgnon, Un petit homme qui ne connaît qu’une seule chanson, Toujours la même.

Bénéfices nets… Millions… Millions…

Une chanson avec des chiffres qui tournent en rond, 500 voitures, 600 voitures par jour. Trottinettes, caravanes, expéditions, auto-chenilles, camions…

Bénéfices nets… Millions… Millions…Citron… Citron

Et le voilà qui se promène à Deauville, Le voilà à Cannes qui sort du Casino

Le voilà à Nice qui fait le beau Sur la promenade des Anglais avec un petit veston clair, Beau temps aujourd’hui ! le voilà qui se promène qui prend l’air,

Il prend l’air des ouvriers, il leur prend l’air, le temps, la vie Et quand il y en a un qui crache ses poumons dans l’atelier, Ses poumons abîmés par le sable et les acides, il lui refuse Une bouteille de lait. Qu’est-ce que ça peut bien lui foutre, Une bouteille de lait ? Il n’est pas laitier… Il est Citroën.

Il a son nom sur la tour, il a des colonels sous ses ordres. Des colonels gratte-papier, garde-chiourme, espions. Des journalistes mangent dans sa main. Le préfet de police rampe sous son paillasson.

Citron ?… Citron ?… Millions… Millions…

Et si le chiffre d’affaires vient à baisser, pour que malgré tout Les bénéfices ne diminuent pas, il suffit d’augmenter la cadence et de Baisser les salaires des ouvriers

Baisser les salaires

Mais ceux qu’on a trop longtemps tondus en caniches, Ceux-là gardent encore une mâchoire de loup Pour mordre, pour se défendre, pour attaquer, Pour faire la grève… La grève…

Vive la grève !

Jacques Prévert
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Jeudi 8 octobre 2009 4 08 /10 /Oct /2009 23:25

Par Loran
 Ecrit sous l'occupation allemande ( 1940-1944 ). Evoque le départ d'un jeune patriote pour le maquis et les combats.

Prairie adieu mon espérance
Adieu belle herbe adieu les blés
Et les raisins que j’ai foulés
Adieu mes eaux vives ma France

Adieu le ciel et la maison
Tuile saignante ardoise grise
Je vous laisse oiseaux les cerises
Les filles l'ombre et l'horizon

J'emmène avec moi pour bagage
Cent villages sans lien sinon
L'ancienne antienne de leurs noms
L'odorante fleur du langage

Une romance à ma façon
Amour de mon pays mémoire
Un collier sans fin ni fermoir
Le miracle d'une chanson

Un peu de terre brune et blonde
Sur le trou noir de mon chagrin
J'emmène avec moi le refrain
De cent noms dits par tout le monde

Adieu Forléans Marimbault
Vollore-Ville Volmerange
Avize Avoine Vallerange
Ainval-Septoutre Mongibaud

Fains-la-Folie Aumur Andance
Guillaume-Peyrouse Escarmin
Dancevoir Parmilieu Parmain
Linthes-Pleurs Caresse Abondance

Adieu La Faloise Janzé
Adieu Saint-Désert Jeandelize
Gerbépal Braize Juvelise
Fontaine-au-Pire et Gévezé

Que je respire Et je respire
Ces étoiles dans ma gorge y
Font une lueur de magie
Trompe l'exil mon faux empire

Il faut reprendre ô saoulerie
Ce déroulement implacable
Et boire et boire les vocables
Où flambe et tremble la patrie

Aigrefeuflle-d'Aunis Feuilleuse
Magnat-l’Étrange Florentin
Tilleul-Dame-Agnès Dammartin
Vers-Saint-Denis Auvers Joyeuse

Cramaille Crémarest Crévoux
Crêches-sur-Saône Aure Les Mars
Croismare Andé Vourles Vémars
Amarens Seuil Le Rendez-Vous

L'Ame Sommaisne Flammerans
Sore Sormonne Sormery
Sommeilles La Maladrerie
Bussy-le-Repos Sommerance

Mon pays souffre mille maux
S'en souvenir monte à la tête
Ah démons démons que vous êtes
Versez-moi des mots et des mots

Il reste aux mots comme aux fougères
Qui tantôt encore brûlaient
Cette beauté de feu follet
Leurs architectures légères

Angoisse Adam-les-Passavant
Bors l'Aventure Avril-sur-Loire
La Balme-d'Épy Tréméloir
Passefontaine Treize-Vents

Adieu le lieudit I’Ile-d'Elle
Adieu Lillebonne Ecublé
Ouvrez tout grands vos noms ailés
Envolez-vous mes hirondelles

Et retournez et retournez
Albine Alise-Sainte-Reine
Les Sources-la-Marine Airaines
Jeux-les-Bards Gigors Guéméné

Vers Pré-en-Baille ou Trinquetaille
Vers Venouze ou vers Venizy
Lizières Lizine Lizy
Taillebourg Arques-la-Bataille

Albans-Dessus Albans-Dessous
Planez lourds aiglons des paroles
Valsemé Grand-Cœur Grandeyrolles
Jetés au ciel comme des sous

Adieu Caer et Biscarosse
Poignards que vous avez d'éclat
Ô Saint-Geniès-de-Comolas
Adieu Néronde Orny Garosse

Pas un qui demeure sur cent
Villages aux noms de couleur
Villages volés mes douleurs
Le temps a fui comme du sang

Musiques s'il n'est pas trop tard
Parfumez le vent parfumé
Sanglotez les cent noms aimés
Que j'écoute au loin vos guitares

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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 16:50

Par Loran
Texte de madame Marie Jeanne Nachaty Moawad

J'en ai marre
De cette situation de cette guerre de merde.
J'ai peur pour mes enfants, pour mes parents pour ce Liban mille fois crucifie.
Qu'un territoire soit proclame pour tous les adeptes de la guerre
Moi je n'en peux plus moi et tout le monde.
On est fatigues à bout de nerfs
On frôle l'hystérie et le monde nous regarde
Je ne veux pas de guerre
Je ne supporte plus ma peur
Celle des autres et celle qui naîtra demain
Que le Bon Dieu nous prenne en pitié
Qu'Il nous donne la force, la patience et le courage
Pour vivre peut être nos dernières heures
Dans un semblant de paradis perdu.................................
Le monde nous regarde pourquoi personne ne bouge?
Pourquoi personne ne fait- il le geste d'éteindre cet incendie
Qui brûle et dans ma tête et dans les corps et dans nos âmes?
On dit que nous aurons trois jours très difficiles à vivre.
ENCOOOOOOOOOOOOOOORE?

J'hurle OUI ENCORE et puis tout va finir.
Mais cette phrase ne me rassure pas un mois à déjà passe
Un mois qui ne devait dure que 4 jours !
Et les bateaux ont quitte le quai
Et les avions sont partis pour ne plus revenir
Et ne restent plus que les autos sans fuel
Et ne restent plus que nous
Et de nous que reste- il en réalité que la peur qui nous ronge
Du jour comme de la nuit elle ronge en nous elle bouge en nous
LA PEUR LA PEUR
Tu la connais?
Fais quelque chose alors, lève toi et bouge !
Si tu n'es pas insensible a notre détresse
Et si tu crois qu'il reste encore à sauver quelque chose ne fut ce que moi
FAIS LE
JOINS TON CRI AU MIEN
TA PRIERE A LA MIENNE

Je ne vais pas me relire de peur de refroidir
Mon ardeur à sauver mon Pays
Ne t’arrête pas à mes fautes d'orthographe
J'en ai fait sans doute
Mais qu'importent
Les fautes d'orthographe aujourd'hui ?!
Lève toi aussi comme moi et aide moi
Lui et Elle
Fais le sans différence s'il est musulman ou chrétien
Juif ou palestinien, arabe ou européen
On est tous des êtres humains
Arrête ce bain de sang si tu peux
Je n'ai pas choisi d'être ou je suis
Mais d'ou je suis
Je te supplie de me venir en aide
Parce que d'ici je ne quitterais pas
Que mon sang baigne cette terre
Que mes cendres sur le littoral comme
Cette marée noire s'incrustent sur les rochers
Et que comme Byblos souillée aujourd'hui dans son port
Je puisse hanter cette terre de toutes ces générations innocentes
Qui au nom du Cèdre se sont offertes en offrandes.
Encore?
Encore a me lire?
Mais je n'ai plus rien à dire !
Tu as assez vu entendu aussi …
Au nom de la Conscience Humaine aide moi a sauver ce qui reste.
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 13:44

Par Loran

Pour faire le portrait d'un oiseau


Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.


Jacques PREVERT

 

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Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /Oct /2009 17:19

Par Loran
Sei luce,
e ti respiro,
quando colmi gli spazi
e scende la sera;
fughi la mia mente,
mentre parli al mio cuore
nell'unico linguaggio che conosca,
carpendone l'essenza.
Vivi
nei miei pensieri;
posso toccarti
e sentire sulle dita
il tuo calore
permeare il mio corpo
guarime
le ferite.

Annamaria Vigna
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Samedi 3 octobre 2009 6 03 /10 /Oct /2009 16:56

Par Loran
A vouloir se pencher sur tout ce qui m'etonne,
Rattraper le moment, la plume sur la feuille,
Pour toi qui me comprends, tout mon vouloir je donne,
Un apres du passe, present dans un cercueil,
Intermittant parfait comedien,
Et qui revient sur scene a la fin de ses tours...

Le temps court et j'appelle,
Poursuivant les aiguilles,
Quand trotteuse reprend son grand compte a rebours,
Le pendant serait donc, pour toujours en coulisse,
Souffleur talentueux, ou maquilleur complice,
voue a l'anonymat, le pouvoir delicieux...

Le poete est celui qui dompte les secondes,
Qui met en scene l'instant,bien au-dessus du monde,
Lui seul est reconnu au theatre des cieux,
La parole a bien des filtres, qu'un ecrit efface et brise,
Par des emotions sous vitres compressees qui se grisent,
Comme celles restees latentes, dans la precipitation d'un desir,
Renvoyees dans l'attente, de pouvoir se contenir....
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 19:39

Par Loran
Le jour où s'est arrêté
Le dialogue entre tes seins
Dans l'eau prenant leur bain
Et les tribus s'affrontant pour l'eau
L'ère de la décadence a commencé,
Alors la guerre de la pluie fut déclarée
Par les nuages
Pour une très longue durée,
La grève des vols fut déclenchée
Par la gente ailée,
Les épis ont refusé
De porter leurs semences
Et la terre a pris la ressemblance
D'une lampe à gaz.

II

Le jour où ils m'ont de la tribu chassé
Parce qu'à l'entrée de la tente j'ai déposé
Un poème
L'heure de la déchéance a sonné.
L'ère de la décadence
N'est pas celle de l'ignorance
Des règles grammaticales et de conjugaison,
Mais celle de l'ignorance
Des principes qui régissent le genre féminin,
Celle de la rature des noms de toutes les femmes
De la mémoire de la patrie.

III

O ma bien aimée,
Qu'est-ce donc que cette patrie
Qui se comporte avec l'Amour
En agent de la circulation ?
Cette patrie qui considère que la Rose
Est un complot dirigé contre le régime,
Que le Poème est un tract clandestin
Rédigé contre le régime ?
Qu'est-ce donc que ce pays
Façonné sous forme de criquet pèlerin
Sur son ventre rampant
De l'Atlantique au Golfe
Et du Golfe à l'Atlantique,
Parlant le jour comme un saint
Et qui, la nuit tombant,
Est pris de tourbillon
Autour d'un nombril féminin ?

IV

Qu'est-ce donc cette patrie
Qui exerce son infamie
Contre tout nuage de pluie chargé,
Qui ouvre une fiche secrète
Pour chaque sein de femme,
Qui établit un PV de police
Contre chaque rose ?

V

O bien aimée
Que faisons-nous encore dans cette patrie
Qui craint de regarder
Son corps dans un miroir
Pour ne pas le désirer ?
Qui craint d'entendre au téléphone
Une vois féminine
De peur de rompre ses ablutions ?
Que faisons-nous dans cette patrie égarée
Entre les œuvres de Chafi'i et de Lénine,
Entre le matérialisme dialectique
Et les photos pornos,
Entre les exégèses coraniques
Et les revues Play Boy,
Entre le groupe mu'tazélite
Et le groupe des Beattles,
Entre Rabi'a-l-'Adaouya
Et Emmanuelle ?

VI

O toi être étonnant
Comme un jouet d'enfant
Je me considère comme homme civilisé
Parce que je suis ton Amant,
Et je considère mes vers comme historiques
Parce qu'ils sont tes contemporains.
Toute époque avant tes yeux
Ne peut être qu'hypothétique,
Toute époque après tes yeux
N'est que déchirement ;
Ne demande donc pas pourquoi
Je suis avec toi :
Je veux sortir de mon sous-développement
Pour vivre l'ère de l'Eau,
Je veux fuir la République de la Soif
Pour pénétrer dans celle du Magnolia,
Je veux quitter mon état de Bédouin
Pour m'asseoir à l'ombre des arbres,
Je veux me laver dans l'eau des Sources
Et apprendre les noms des Fleurs.
Je veux que tu m'enseignes
La lecture et l'écriture
Car l'écriture sur ton corps
Est le début de la connaissance :
S'y engager de la connaissance :
S'y engager est s'engager
Sur la voie de la civilisation.
Ton corps n'est pas ennemi de la Culture,
Mais la culture même.
Celui qui ne sait pas faire la lecture
De l'Alphabet de ton corps
Restera analphabète sa vie durant

NIZAR KABBANI
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Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 23:06

Par Loran


BALKIS


Merci à vous,

Merci à vous,

Assassinée, ma bien aimée !

Vous pourrez dès lors 
Sur la tombe de la martyre 
Porter votre funèbre toast. 
Assassinée ma poésie ! 
Est-il un peuple au monde, 
-Excepté nous- 
Qui assassine le poème  ?

O ma verdoyante Ninive ! 
O ma blonde bohémienne ! 
O vagues du Tigre printanier ! 
O toi qui portes aux chevilles 
Les plus beaux des anneaux !

Ils t'ont tuée, Balkis !
Quel peuple arabe
Celui-là qui assassine
Le chant des rossignols !

Balkis, la plus belle des reines
Dans l'histoire de Babel !
Balkis, le plus haut des palmiers
Sur le sol d'Irak !

Quand elle marchait
Elle était entourée de paons,
Suivie de faons.

Balkis, ô ma douleur !
O douleur du poème à peine frôlé du doigt !
Est-il possible qu'après ta chevelure
Les épis s'élèveront encore vers le ciel ?

Où est donc passé Al Samaw'al ?
Où est donc parti Al Muhalhil ?
Les anciens preux, où sont-ils ?

Il n'y a plus que des tribus tuant des tribus,
Des renards tuant des renards,
Et des araignées tuant d'autres araignées.
Je te jure par tes yeux
Où viennent se réfugier des millions d'étoiles
Que, sur les Arabes, ma lune,
Je raconterai d'incroyables choses
L'héroïsme n'est-il qu'un leurre arabe ?
Ou bien, comme nous, l'Histoire est-elle mensongère ?
Balkis, ne t'éloigne pas de moi
Car, après toi, le soleil
Ne brille plus sur les rivages.

Au cours de l'instruction je dirai :
Le voleur s'est déguisé en combattant,
Au cours de l'instruction je dirai :
Le guide bien doué n'est qu'un vilain courtier.

Je dirai que cette histoire de rayonnement (arabe)
N'est une plaisanterie, la plus mesquine,
Voilà donc toute l'Histoire, ô Balkis !

Comment saura-t-on distinguer
Entre les parterres fleuris
Et les monceaux d'immondices ?

Blakis, toi la martyre, toi le poème,
Toi la toute-pure, toit la toute-sainte.
Le peuple de Saba, Balkis, cherche sa reine des yeux,
Rends donc au peuple son salut !

Toi la plus noble des reines,
Femme qui symbolise toutes les gloires des époques sumériennes !
Balkis, toi mon oiseau le plus doux,
Toi mon icône la plus précieuse,
Toi larme répandue sur la joue de la Madeleine !

Ai-je été injuste à ton égard
En t'éloignant des rives d'Al A'damya ?
Beyrouth tue chaque jour l'un de  nous,
Beyrouth chaque jour court après sa victime.

La mort rôde autour de la tasse de notre café,
La mort rôde dans la clé de notre appartement,
Elle rôde autour des fleurs de notre balcon,
Sur le papier de notre journal,
Et sur les lettres de l'alphabet.

Balkis ! sommes-nous une fois encore
Retournés à l'époque de la jahilia ?
Voilà que nous entrons dans l'ère de la sauvagerie,
De la décadence, de la laideur,
Voilà que nous entrons une nouvelle fois
Dans l'ère de la barbarie,
Ere où l'écriture est un passage
Entre deux éclats d'obus,
Ere où l'assassinat d'un frelon dans un champ
Est devenu la grande affaire.

Connaissez-vous ma bien aimée Balkis ?
Elle est le plus beau texte des œuvres de l'Amour,
Elle fut un doux mélange
De velours et de beau marbre.

Dans ses yeux on voyait la violette
S'assoupir sans dormir.
Balkis, parfum dans mon souvenir !
O tombe voyageant dans les nues !

Ils t'ont tuée à Beyrouth
Comme n'importe quelle autre biche,
Après avoir tué le verbe.

Balkis, ce n'est pas une élégie que je compose,
Mais je fais mes adieux aux Arabes,

Balkis, tu nous manques… tu nous manques…
Tu nous manques…

La maisonnée recherche sa princesse
Au doux parfum qu'elle traîne derrière elle.
Nous écoutons les nouvelles,
Nouvelles vagues, sans commentaires.

Balkis, nous sommes écorchés jusqu'à l'os.
Les enfants ne savent pas ce qui se passe,
Et moi, je ne sais pas quoi dire…

Frapperas-tu à la porte dans un instant ?
Te libéreras-tu de ton manteau d'hiver ?
Viendras-tu si souriante et si fraîche
Et aussi étincelante
Que les fleurs des champs ?

Balkis, tes épis verts
Continuent à pleurer sur les murs,
Et ton visage continue à se promener
Entre les miroirs et les tentures.

Même la cigarette que tu viens d'allumer
Ne fut pas éteinte,
Et sa fumée persistante continue à refuser
De s'en aller.
Balkis, nous sommes poignardés
Poignardés jusqu'à los
Et nos yeux sont hantés par l'épouvante.

Balkis, comment vas-tu pu prendre mes jours et mes rêves ?
Et as-tu supprimé les saisons et les jardins ?

Mon épouse, ma bien aimée,
Mon poème et la lumière de mes yeux,
Tu étais mon bel oiseau,
Comment donc as-tu pu t'enfuir ?
Balkis, c'est l'heure du thé irakien parfumé
Comme un bon vieux vin,
Qui donc distribuera les tasses, ô girafe ?
Qui a transporté à notre maison
L'Euphrate, les roses du Tigre et de ruçafa?

Balkis, la tristesse me transperce.
Beyrouth qui t'a tuée ignore son forfait,
Beyrouth qui t'a aimée
Ignore qu'elle a tué sa bien aimée
Et qu'elle a éteint la lune.
Balkis ! Balkis ! Balkis !
Tous les nuages te pleurent,
Quidonc pleurera sur moi ?

Balkis, comment vas-tu pu disparaître en silence
Sans avoir posé tes mains sur mes mains ?

Balkis, comment as-tu pu nous abandonner
Ballottés comme feuilles mortes par le vent ballottées,
Comment nous as-tu abandonnés nous trois
Perdus comme une plume dans la pluie ?

As-tu pensé à moi
Moi qui ai tant besoin de ton amour,
Comme Zeinab, comme Omar ?
Balkis, ô trésor de légende !
O lance irakienne !
O forêt de bambous !
Toi dont la taille a défié les étoiles,
D'où as-tu apporté toute cette fraîcheur juvénile ?

Balkis, toi l'amie, toi la compagne,
Toi la délicate comme une fleur de camomille.

Beyrouth nous étouffe, la mer nous étouffe,
Le lieu nous étouffe.
Balkis, ce n'est pas toi qu'on fait deux fois,
Il n'y aura pas de deuxième Balkis.
Balkis ! les détails de nos liens m'écorchent vif,
Les minutes et les secondes me flagellent de leurs coups,
Chaque petite épingle a son histoire,
Chacun de tes colliers en a plus d'une,
Même tes accroche-cœur d'or
Comme à l'accoutumée m'envahissent de tendresse.

La belle voix irakienne s'installe sur les tentures,
Sur les fauteuils et les riches vaisselles.
Tu jaillis des miroirs
Tu jaillis de tes bagues,
Tu jallis du poème,
Des cierges, des tasses
Et du vin de rubis.

Balkis, si tu pouvais seulement
Imaginer la douleur de nos lieux !
A chaque coin, tu volettes comme un oiseau,
Et parfumes le lieu comme une forêt de sureau.

Là, tu fumais ta cigarette,
Ici, tu lisais,
Là-bas tu te peignais telle un palmier,
Et, comme une épée yéménite effilée,
A tes hôtes tu apparaissais.

Balkis, où est donc le flacon de Guerlain ?
Où est le briquet bleu ?
Où est la cigarette Kent  ?
Qui ne quittait pas tes lèvres ?
Où est le hachémite chantant
Son nostalgique chant ?

Les peignes se souviennent de leur passé
Et leurs larmes se figent ;
Les peignes souffrent-ils aussi de leur chagrin d'amour ?

Balkis, il m'est dur d'émigrer de mon sang
Alors que je suis assiégé entre les flammes du feu
Et les flammes des cendres.

Balkis, princesse !
Voilà que tu brûles dans la guerre des tribus.
Qu'écrirais-je sur le voyage de ma reine,
Car le verbe est devenu mon vrai drame ?
Voilà que nous recherchons dans les entassements des victimes
Une étoile tombée du ciel,
Un corps brisé en morceaux comme un miroir brisé.
Nous voilà nous demander, ô ma bien aiméme,
Si cette tombe est la tienne
Ou bien celle en vérité de l'arabisme ?

Balkis, ô sainte qui as étendu tes tresses sur moi !
O girafe de fière allure !

Balkis, notre justice arabe
Veut que nos propres assassins
Soient des Arabes,
Que notre chair soit mangée par des Arabes,
Que notre ventre soit éventré par des Arabes,
Comment donc échapper à ce destin ?
Le poignard arabe ne fait pas de différence
Entre les gorges des hommes
Et les gorges des femmes.

Balkis, s'ils t'ont fait sauter en éclats,
Sache que chez nous
Toutes les funérailles commencent à Karbala
Et finissent à Karbala
Je ne lirai plus l'Histoire dorénavant,
Mes doigts sont brûlés
Et mes habits sont entachés de sang.

Voilà que nous abordons notre âge de pierre,
Chaque jour, nous reculons mille ans en arrière !
A Beyrouth la mer
A démissionné
Après le départ de tes yeux,
La poésie s'interroge sur son poème
Dont les mots ne s'agencent plus,
Et personne ne répond plus à la question,
Le chagrin, Balkis, presse mes yeux comme une orange.
Las ! je sais maintenant que les mots n'ont pas d'issue,
Et je connais le gouffre de la langue impossible ;
Moi qui ai inventé le style épistolaire
Je ne sais par quoi commencer une lettre,
Le poignard pénètre mon flanc
Et le flanc du verbe.

Balkis, tu résumes toute civilisation,
La femme n'est-elle pas civilisation ?

Balkis, tu es ma bonne grande nouvelle.
Qui donc m'en a dépouillé ?
Tu es l'écriture avant toute écriture,
Tu es l'île et le sémaphore,

Balkis, ô lune qu'ils ont enfouie
Parmi les pierres !
Maintenant le rideau se lève,
Le rideau se lève.

Je dirai au cours de l'instruction
Que je connais les noms, les choses, les prisonniers,
Les martyrs, les pauvres, les démunis.

Je dirai que je connais le bourreau qui a tué ma femme
Je reconnais les figures de tous les traîtres.

Je dirai que votre vertu n'est que prostitution
Que votre piété n'est que souillure,
Je dirai que notre combat est pur mensonge
Et que n'existe aucune différence
Entre politique et prostitution.
Je dirai au cours de l'instruction
Que je connais les assassins,
Je dirai que notre siècle arabe
Est spécialisé dans l'égorgement du jasmin,
Dans l'assassinat de tous les prophètes,
Dans l'assassinat de tous les messagers.

Même les yeux verts
Les Arabes les dévorent,
Même les tresses, mêmes les bagues,
Même les bracelets, les miroirs, les jouets,
Même les étoiles ont peur de ma patrie.
Et je ne sais pourquoi,
Même les oiseaux fuient ma patrie.

Et je ne sais pourquoi,
Même les étoiles, les vaisseaux et les nuages,
Même les cahiers et les livres,
Et toutes choses belles
Sont contre les Arabes.

Hélas, lorsque ton corps de lumière a éclaté
Comme une perle précieuse
Je me suis demandé
Si l'assassinat des femmes
N'est pas un dada arabe,
Ou bien si à l'origine
L'assassinat n'est pas notre vrai métier ?

Balkis, ô ma belle jument
Je rougis de toute mon Histoire.
Ici c'est un pays où l'on tue les chevaux,
Ici c'est un pays où l'on tue les chevaux.

Balkis, depuis qu'ils t'ont égorgée
O la plus douce des patries
L'homme ne sais comment vivre dans cette patrie,
L'homme ne sait comment vivre dans cette patrie.

Je continue à verser de mon sang
Le plus grand prix
Pour rendre heureux le monde,
Mais le ciel a voulu que je reste seul
Comme les feuilles de l'hiver.

Les poètes naissent-ils de la matrice du malheur ?
Le poète n'est-il qu'un coup de poignard sans remède porté au cœur ?
Ou bien suis-je le seul
Dont les yeux résument l'histoire des pleurs ?

Je dirai au cours de l'instruction
Comment ma biche fut tuée
Par l'épée de Abu Lahab,
Tous les bandits, du Golfe à l'Atlantique
Détruisent, incendient, volent,
Se corrompent, agressent les femmes
Comme le veut Abu Lahab,

Tous les chiens sont des agents
Ils mangent, se soûlent,
Sur le compte de Abu Lahab,
Aucun grain sous terre ne pousse
Sans l'avis de Abu Lahab
Pas un enfant qui naisse chez nous
Sans que sa mère un jour
N'ait visité la couche de Abu Lahab,
Pas une tête n'est décapitée sans ordre de Abu Lahab

La mort de Balkis
Est-elle la seule victoire
Enregistrée dans toute l'Histoire des Arabes ?

Balkis, ô ma bien aimée, bue jusqu'à la lie !

Les faux prophètes sautillent
Et montent sur le dos des peuples,
Mais n'ont aucun message !

Si au moins, ils avaient apporté
De cette triste Palestine
Une étoile,
Ou seulement une orange,
S'ils nous avaient apporté des rivages de Ghaza
Un petit caillou
Ou un coquillage,
Si depuis ce quart de siècle

Ils avaient libéré une olive
Ou restitué une orange,
Et effacé de l'Histoire la honte,
J'aurais alors rendu grâce à ceux qui t'ont tuée
O mon adorée jusqu'à la lie !
Mais ils ont laissé la Palestine à son sort
Pour tuer une biche !

Balkis, que doivent dire les poètes de notre siècle !
Que doit dire le poème
Au siècle des Arabes et non Arabes,
Au temps des païens,
Alors que le monde Arabe est écrasé
Ecrasé et sous le joug,
Et que sa langue est coupée.

Nous sommes le crime dans sa plus parfaite expression ;
Alors écartez de nous nos œuvres de culture.

O ma bien aimée, ils t'ont arrachée de mes mains,
Ils ont arraché le poème de ma bouche,
Ils ont pris l'écriture, la lecture,
L'enfance et l'espérance.
Balkis, Balkis, ô larmes s'égouttant sur les cils du violon !
Balkis, ô bien aimée jusqu'à la lie !
J'ai appris les secrets de l'amour à ceux qui t'ont tuée,
Mais avant la fin de la course,
Ils ont tué mon poulain.

Balkis, je te demande pardon ;
Peut être que ta vie a servi à racheter la mienne
Je sais pertinemment
Que ceux qui ont commis ce crime
Voulaient en fait attenter à mes mots.

Belle, dors dans la bénédiction divine,
Le poème après toi est impossible
Et la féminité aussi est impossible.

Des générations d'enfants
Continueront à s'interroger sur tes longues tresses,
Des générations d'amants
Continueront à lire ton histoire
O parfaite enseignante !
Les Arabes sauront un jour
Qu'ils ont tué une messagère
QU'ILS…ON….TU…E…UNE….MES…SA…GERE.

 

Nizar Kabbani

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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /Sep /2009 23:23

Par Loran
LA VOIX

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée
Parvient pourtant, distinctement, jusqu'à nous.

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.

Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous? Ne l'entendez-vous pas?
Elle dit "La peine sera de courte durée"
Elle dit "La belle saison est proche."

Ne l'entendez-vous pas?

Robert Desnos - CONTREE (1936-1940) 
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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /Août /2009 22:59

Par Loran

Scrivo
perché sento,
scrivo di me
perché devo,
scrivo
quando il silenzio si fa' forte,
quando la luce del giorno
si protrae
alla notte che ho dentro,
riposandomi.
Scrivo di lui che se n'é andato
e che ritorna;
scrivo le parole che ho taciuto,
di sogni in cui ho creduto,
affinchè credere non sia più reato.
Scrico
perché si creda che ho vissuto,
tra le pieghe dell'anima,
ogni parola.

Annamaria Vigna

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Vendredi 7 août 2009 5 07 /08 /Août /2009 23:38

Par Loran


Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.


René Char
 
- dans Le Marteau sans maître (1934-1935)

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Samedi 18 juillet 2009 6 18 /07 /Juil /2009 17:39

Par Loran

Je ne me permettrais pas de parler au nom de tous les anarchistes qui sont, par définition, individualistes. Mais la métaphore que je me suis plu à répéter et qui a si souvent été citée, plus ou moins déformée, est: «Je suis anarchiste au point de toujours traverser dans les clous afin de n’avoir pas à discuter avec la maréchaussée».

Vous aurez compris que c’est là ma transcription personnelle et pragmatique de l’aphorisme d’Élisée Reclus, adopté fièrement en épigraphe par le journal «Le Libertaire»: «L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre». Contrairement à ce que l’on voudrait croire, je me suis très peu intéressé aux grandes doctrines politiques ou philosophiques. D’abord parce qu’un anarchiste ne se mêle pas de politique. (Jamais je n’aurais pu envisager de faire le sot en politique!) Puis, parce que l’une ou l’autre de ces idéologies, entre autres faiblesses, me sont vite apparues chimériques à des degrés divers et que j’ai toujours pensé que, si des éléments d’une doctrine peuvent être valables, l’histoire nous démontre que c’est dans la mise en oeuvre que les choses se gâtent. J’ai également souvent répété que la seule révolution possible est de s’améliorer soi-même en espérant que les autres suivent la même démarche. Aussi, très tôt, j’ai entériné un engagement formel avec la confrérie des philosophes et la corporation des politicologues: je n’interviendrai pas dans leurs champs de juridiction et, en contrepartie, ils s’engageaient à ne pas écrire de chanson. Je peux vous confirmer que nous avons tous intégralement respecté nos serments. Si ce n’est une très discrète allusion dans l'une de mes chansons parmi les plus méconnues: «Les illusions perdues»: «Les lendemains chantaient. Hourra l’Oural! Bravo! Il m’a semblé soudain qu’ils chantaient un peu faux».

Mais on chercherait en vain dans l’une ou l’autre des biographies qui me sont consacrées ou dans les très nombreuses interviews que j’ai accordées l’amorce d’une dissertation sur les idéologies du siècle. Bien sûr, j’ai commis quelques chroniques publiées dans l’hebdomadaire anarchiste «Le Libertaire», en 1946. Elles sont maintenant bien connues, ayant fait l’objet d’une analyse systématique dans un livre intitulé «Georges Brassens libertaire», de Marc Wilmet. Mais, totalement ignoré même par mes plus érudits exégètes, un article publié dans «Le Combat syndicaliste», en avril 1947, se rapproche davantage du sujet. Si j’ai conservé intact mon enthousiasme anarchique, je veux considérer ces brûlots quelque peu excessifs comme les cris de colère d’un jeune homme indigné. Et même si certains des inconditionnels de «l’anar bon enfant» devenu troubadour auraient souhaité que les pamphlets demeurent dans l’ombre, je crois que mes «fans» apprécieront retrouver ce texte qui les étonnera sans doute. Je vous livre donc, en annexe, l’article publié dans l’organe de la Confédération nationale du travail.

Bien sûr, j’ai très tôt identifié une correspondance avec les théories anarchistes. Encore jeune, j’ai lu Proudhon, puis Bakounine et Kropotkine, dont «L’anarchie, sa philosophie, son idéal» (1896). Et j’y ai trouvé des choses que j’avais déjà conscience de porter en moi, mais sans savoir qu’elles pouvaient constituer une famille de pensée. Pour moi, l’anarchie, c’était une certaine attitude morale, centrée sur le respect des autres, et qui correspondait à ma nature profonde, à ce que je ressentais comme étant essentiel. Je ne dirais pas que j’ai épousé intégralement les idées de ces maîtres à penser, mais il s’est trouvé que les grandes lignes de leur enseignement me convenaient. Ils étaient antiétatistes, déploraient le fait que les peuples génèrent des armées, dénonçaient l’exploitation de l’homme. Tout ça était assez fait pour me convenir. J’ai trouvé chez eux d’autres utopistes qui rêvaient que tous les hommes soient tels que les lois ne soient plus nécessaires.

Par ailleurs, je suis très farouchement un apôtre de l’engagement. Mais je m’étonne qu’il faille souvent rappeler que l’engagement peut prendre des formes infiniment diversifiées et se manifester à des degrés très variables. Mais, surtout, l’engagement personnel ne peut qu’être proportionné à l’individu, à son bagage personnel, à son tempérament, à son potentiel. Même si le mot engagement peut avoir le même sens que bataille ou attaque, un apport personnel peut être d’une tout autre nature. Il ne nécessite surtout pas une carte d’adhésion.

Je crois que tout «artiste de variété» choisit à la base de jouer un rôle constructif dans la société en consacrant sa vie à tenter d’apporter détente, agrément, émotion. Pour ma part, n’ayant rien du donneur de leçon, du colporteur de message, je crois tout de même, en réfléchissant tout haut à divers problèmes, avoir en plus, presque de façon insidieuse, provoqué réflexion, prise de conscience, ouverture.

Il est risqué pour un artiste de profiter du capital de sympathie qu’on lui accorde pour promouvoir un ordre du jour politique, une idéologie, un projet de société. On en a vu qui ont dû rebrousser chemin lorsqu’il est apparu que la route qu’ils avaient fortement recommandée ne conduisait pas aux lendemains promis. Pour un autre de mes collègues, on a découvert que sa vie privée, ses intérêts personnels, ne correspondaient pas tout à fait à son prêche.

J’ai souvent ouvert des courriers de jeunes hommes qui, ayant reçu leur convocation au service militaire, me demandaient la marche à suivre en m’assurant qu’ils allaient scrupuleusement obtempérer à ma recommandation plutôt qu’à l’ordre de l’État.

Voyez le dilemme. Si je leur dis de se rapporter, je suis un vieux con inconsistant qui raconte des bêtises depuis des années. Si je leur recommande la désertion, je me rends responsable de la suite prévisible des événements et je vois chaque fois mon nom étalé en cour martiale lorsque, pour leur défense, ils brandissent ma lettre de recommandation.

Je considère que «Auprès de ma blonde» et «À la claire fontaine» ont apporté beaucoup, à plusieurs, pendant longtemps. Je serais heureux de penser que j’ai ajouté quelques chansonnettes au répertoire, et que c’est là l’essentiel de mon engagement.

Georges Brassens

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Lisabuzz.com parle de Lézardes et murmures : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Lézardes et murmures, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Loran mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Lézardes et murmures et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

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