Dans mon grenier

Samedi 13 juin 2009 6 13 /06 /Juin /2009 23:41

Par Loran

"Chant druidique"

"Je suis un barde de la Nature et j'appartiens à Elphin.
Mon pays d'origine est la région des étoiles d'été.
Jean le Prophète m'appelait l'homme de la Mer.
Mais les rois de l'avenir m'appeleront TALIESIN…
Je suis l'instructeur de tout l'univers.
Et le serai jusqu'au jugement sur la face de la Terre.
J'ai été en une demeure périlleuse
Au dessus du cercle du Zodiaque.
Et je continue d'évoluer entre trois éléments.
Il n'y a pas de merveille au monde que je ne puisse révéler.
J'ai été neuf mois pleins dans le sein de Keridwen ;
Je fus Gwyon autrefois et maintenant je suis TALIESIN.
Je suis un habile compositeur, un clair chanteur.
Je suis acier, je suis druide !
Je suis architecte, je suis homme de science…
Je suis dépositaire du chant, je suis homme de lettres.
Je suis reposoir du mystère.
Je suis TALIESIN, et je défendrai le vrai lignage
Jusqu'à la fin des temps, au profit d'Elphin.
Rouge est la pierre de ma ceinture,
Mon bouclier est bordé d'or.
Gemme d'or en un joyau d'or, je suis splendide.
Je suis habile au travail des métaux…
Je suis celui qui anime le feu en l'honneur de Dieu le maître,
Pour tout ce qui concerne le chant aux assemblées des orateurs.
Je suis le sage de la Science primitive.
Je suis l'astrologue averti,
Je connais la loi de l'inspiration féconde.
Je suis un barde qui sait l'Astrologie,
Et qui récite son chant inspiré,
Au couchant d'un beau soir, parmi les pierres…
Je suis le maître tranquille qui conseille les bardes de ce pays
Je suis TALIESIN chef des bardes de l'Occident.
TALHAEARN est le grand maître des astres.
Je connais l'imagination des arbres,
Je connais la signification des arbres.
De l'inscription des arbres des sages je comprends mon institut.
Les pointes des arbres imitateurs,
Que murmurent-elles si puissamment ?
Quels sont les divers souffles qui sont dans les troncs ?
Ces choses sont lues par les Sages
Qui sont versés dans la Science."

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Samedi 9 mai 2009 6 09 /05 /Mai /2009 11:31

Par Loran
  Ya Rayah



rayaḥ win msafir tr
uḥ, taɛya wa twali

Ô toi qui t'en vas, où pars-tu ? Tu finiras par revenir

Šḥal nadmu la-ɛbad al-ḡaflin qabl-ak u qab-li
Combien de gens naïfs l'ont regretté avant toi et moi

Šḥal šaft al-buldân al-ɛamrin wa l-barr al-ḫali
Combien de pays surpleuplés et de régions désertes as-tu vu ?

Šḥal dhiyaat wqat ? šḥal tzid mazal u tḫali ?
Combien de temps as-tu gaspillé ? Combien vas-tu en perdre encore et que laisseras-tu ?

Yâ l-ḡayib fi blad an-nas šḥal taɛya ma tajri
Ô toi qui t'absentes, tu ne cesses de courir dans le pays des autres

Tzid waɛd al-qudra wala zman wa anta ma tadri
Le destin et le temps suivent leur course mais toi tu l'ignores

[Refrain]

Ɛalaš qalb-ak ḥa zin wa ɛalaš ḥak da ki zawali
Pourquoi ton coeur est-il si triste ? Pourquoi restes-tu planté là comme un malheureux ?








 

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Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /Avr /2009 13:25

Par Loran

Je suis enragé. J'aime

-Victor Hugo -

Je suis enragé. J'aime et je suis un vieux fou.
- Grand-père ? - Quoi ? - je veux m'en aller. - Aller où ?
- Où je voudrai. - C'est bien. - Je veux sortir, grand-père.
- Sortons. - Grand-père ? - Quoi ? - Pleuvra-t-il ? - Non, j'espère.
Je veux qu'il pleuve, moi. - Pourquoi ? - Pour faire un peu
Pousser mon haricot dans mon jardin. - C'est Dieu
Qui fait la pluie. - Eh bien, je veux que Dieu la fasse.
- Tu veux ! tu veux ! - Grand-père ? - Eh bien quoi ? - Si je casse
Mon joujou, le bon Dieu ne peut pas m'empêcher.
C'est donc moi le plus fort. - Parlons sans nous fâcher.
- Je ne me fâche pas. je veux qu'il pleuve. - Ecoute.
Je te donne raison. - Il va pleuvoir ? - Sans doute.
Viens, prenons l'arrosoir du jardinier jacquot,
Et nous ferons pleuvoir. - Où ? - Sur ton haricot.


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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 18:58

Par Loran
Portrait d'Eluard


Nous n'irons pas au but un par un mais par deux
Nous connaissant par deux nous nous connaîtrons tous
Nous nous aimerons tous et nos enfants riront
De la légende noire où pleure un solitaire.

 






Éluard était-il lesbien ?

(http://www.penelopes.org/archives/pages/docu/carrles/eluard.htm)

La publication en 1984 des lettres que toute sa vie Paul Éluard envoya à Gala, et qu'elle garda soigneusement fut une révélation. La correspondance amoureuse de celui qui fut peut-être le plus grand poète de l'amour de tous les temps, de celui dont toute la vie fut amour, de celui qui EST amour était certes importante. Un Éluard différent de celui de l'hagiographie puritaine à l'usage des écoles apparaissait, bien sûr, mais aussi une personnalité étonnament originale ayant intégré dans sa sensibilité profonde les plus hautes valeurs des révolutionnaires de l'amour.

En fait nous apparaît en Éluard une figure typique de ce qu'on appelle un lesbien.

Le terme français de lesbien semble être apparu en 1978 dans le titre d'un roman de François Coupry. Il était en usage sous sa forme anglaise (he-lesbian) au début des années 70 dans le milieu des psychothérapeutes et sexologues californiens ainsi que chez les féministes américaines du Women's Lib' et y caractérisait complètement un profil sexuel et affectif masculin bien précis. La traduction de he-lesbian en << lesbien >> paraît naturelle. Les auteurs britanniques emploient le terme d'"Anti-sexist man" qui recouvre un ensemble de profils plus étendu.

Le profil lesbien comporte tout un ensemble de traits caractéristiques toujours associés et interdépendants:
-- Image de la femme vécue comme complice, égale et active, féminisme,
-- Antijalousie, générosité naturelle et altruisme,
-- Pratiques amoureuses lesbiennes (complicité amoureuse totale, recherche et réalisation des désirs de l'autre et de son plaisir, don réciproque et double découverte, amour-communication/échange),
-- Amitié amoureuse qui ne dissocie pas la communication culturelle et affective de la tendresse physique: donc rejet du dualisme judéo- chrétien,
-- Attirance d'abord pour la personnalité et donc vécu sensuel d'anatomies non dissociées de toute la personne et non systématiquement conformes aux canons officiels,
-- Et donc comme chez nombre de féministes, rejet fréquent des accessoires << féminins >> associés au modèle machiste de la femme qu'on consomme dans un emballage de luxe ritualisé,
-- Tendresse et grande sensibilité physique et morale souvent fragilisante,
-- Refus des valeurs et attitudes de rivalité/domination,
-- Et culture de l'amitié totale, généreuse.

Il s'agit en fait de l'existence intégrée dans un individu de sexe masculin et hétérosexuel d'un ensemble de valeurs féminines qui le conduisent à avoir aux femmes, bien qu'homme, une relation analogue à celle des lesbiennes.


Attention, ne pas confondre avec le transexualisme soit génétique (génotypes minoritaires), soit psychologique (identification d'un homme biolo-gique au modèle féminin traditionnel). Si la bisexualité est souvent associée, elle constitue un trait indépendant et peut être pas plus fréquent que chez la plupart des individus (bisexualité intériorisée, refoulée ou assumée). Lorsqu'un homme ne trouve son plaisir qu'en faisant aimer sa femme ou sa compagne par un autre homme, on parle alors de candaulisme, la mythologie attribuant cet usage au roi Candaule.

On définit habituellement les caractéristiques machistes inscrites dans la personnalité, la conscience et la sensibilité sexuelle par un ensemble de valeurs intériorisées :
1 - Les hommes et les femmes sont fondamentalement différents en tout (différentialisme),
2 - Il est avilissant pour un homme d'effectuer des tâches jugées << féminines >>,
3 - L'homme ne doit pas être sensible ni vulnérable,
4 - L'homme doit rivaliser avec les autres afin de tenter de les dominer,
5 - La rudesse, la brutalité sont des valeurs nobles,
6 - La mission de l'homme est de gagner la vie de sa famille, de la nourrir,
7 - La compagnie des hommes est seule valable, la compagnie des femmes ne peut être que sexuelle,
8 - La sexualité est pouvoir et plaisir : domination des femmes et rivalité avec les autres hommes,
9 - L'homme doit savoir tuer ou risquer d'être tué sous peine de lâcheté.

Le profil lesbien se définit ainsi en totale opposition aux valeurs machistes. Bien plus qu'une simple particularité sexuelle, il apparait comme celui des grands révolutionnaires de l'amour. Il s'agit en fait, purement et simplement et à la suite de circonstances qu'il est intéressant d'analyser, de l'intériorisation chez certains hommes des valeurs amoureuses de la révolution affective et sexuelle.

L'exemple classique qu'on en donne est celui de Charles Fourier et son apologie des << saphiens et saphiennes >>. Remarquons que lorsqu'on étudie attentivement la vie de Charles Fourier souvent qualifié de révolutionnaire romantique, on découvre avec étonnement que, contrairement à une idée reçue, Fourier est un homme du XVIIIème siècle, un homme des Lumières mais aussi un révolutionnaire qui avait dépassé le simple libertinage et posé dans l'absolu le problème des formes de vie amoureuse sociale propres à assurer l'épanouissement amoureux de tous les humains dans leur diversité. Il faut toujours distinguer la pensée de Fourier des interprétations données par les fouriéristes du siècle dernier.

Ce qui est extraordinaire c'est que les idées de Fourier dans ce domaine ont influencé tant Marx qu'Engels, William Morris, alors qu'elles n'apparaissaient qu'en filigrane dans ses oeuvres économiques publiées au siècle dernier. Le texte qui développait complètement ses conceptions sur la vie amoureuse d'une société idéale ne fut découvert qu'en 1966 aux Archives Nationales par Simone Debout ! Ses << disciples >>, incapables de comprendre cette pensée, l'avaient censuré.

La pensée de Charles Fourier a eu une influence considérable souvent méconnue soit directement : (Marx, Engels, William Morris, August Bebel), soit indirectement par l'intermédiaire d'Engels, (Reich, les féministes contemporaines, etc.). Mentionnons parmi d'innombrables documents une thèse soutenue en 1903 à la Faculté de Droit de Lyon et significativement intitulée Le Féminisme d'après la doctrine socialiste de Charles Fourier.

La célèbre militante lesbienne Geneviève Pastre insiste sur une position (qu'elle développe dans son livre Le Bien-Aimer) et qui est celle de Fourier: l'amour saphique est une leçon d'amour pour tous les humains. Marie-Jo Bonnet le remarque aussi.

On a parfois parlé de ce profil aussi à propos de Choderlos de Laclos. L'identification de Laclos à la marquise de Merteuil semble évidente. Il n'est pas indifférent de savoir que, précisément, Laclos a écrit un texte féministe (Des femmes et de leur éducation) mais qui, comme Marie-Jo Bonnet l'a bien montré, reste prisonnier d'une vision libertine de la femme, libérée sexuellement et de commerce intellectuel agréable, certes, mais ni émancipée ni égale.

Mais comment peut-on être lesbien ?

On sait que le profil sexuel, affectif, culturel des humains est pour l'essentiel constitué socialement par la famille, l'environnement, le mode de vie, comme d'ailleurs l'essentiel de la personnalité. En fait nous touchons à la définition même de l'être humain. Ceci est même vrai en grande partie pour la morphologie (Gauguin l'avait remarqué dans Noa Noa, avant August Bebel et les féministes contemporaines).

Divers auteurs (et auteures) se sont intéressés à la genèse de ce type d'hommes longtemps très minoritaires. Il s'agit de garçons qui ont été élevés en milieu de tradition libertaire, qui ont rencontré à l'adolescence une amie de forte personnalité, ou qui ont été élevés en milieu féminin. Dans ce dernier cas, on a souvent un profil homosexuel.

Le cas de Fourier est très clair : adolescent, dans le contexte du mouvement des Lumières, il s'est totalement investi dans le projet révolu-tionnaire. Puis, déçu, il s'est isolé en pleine contre- révolution pour concevoir l'organisation humaine idéale.

Pour Éluard, il est évident que sa découverte de la femme en la personne de Gala a joué un rôle déterminant. Dans l'univers particulier d'un sanatorium, une jeune fille étrangère, libre, cultivée. Complice et égale. Une véritable amie avec qui avoir de riches échanges. Au début du siècle, de telles jeunes filles étaient quasi-inexistantes en France. De plus Paul était d'une famille de tradition ouvrière de banlieue avec un père sympathisant socialiste comme il était habituel à l'époque dans ce milieu.

Ayant assumé tous les aléas de ce siècle tragique resté très puritain malgré certaines fausses apparences, Paul Éluard a ainsi vécu dans sa sensibilité profonde, physiquement, affectivement, une forme supérieure de sensibilité amoureuse qui fut celle des grands révolutionnaires et utopistes de l'amour, Charles Fourier en premier.

Déjà dans cette fameuse réponse au questionnaire de 1922 (<< faire l'amour assis, femme à cheval >>) qu'on cite habituellement au titre de simple gaudriole se trouve, malgré le triste jeu obligé qui réduit tout l'amour à une position parmi les 32 (ou les 101 suivant les auteurs), une vision égalitaire qui fait de cet acte un des moments de la communication. Même un tel choix est porteur de sens comme d'ailleurs le montrait une célèbre affiche hippie ou encore l'exprime la figuration indienne de l'amour dieu/déesse Shiva/Shakti.

On reste stupéfait de l'unité profonde de sensibilité qui s'exprime dans les écrits, toujours poétiques, de Paul Éluard de ses premiersécrits de Clavadel à ceux de l'après-guerre.

Éluard ne << prend >> pas une femme, une amie qui se << donnerait >> ou lui << accorderait ses faveurs >> comme l'a écrit un auteur célèbre à propos de la grande Lise Deharme. Éluard aime et ne consomme pas l'autre. Il aime une autre égale, semblable et différente, il l'aime heureuse, dans SES désirs, même pour d'autres..

Dans un entretien de 1982, Leonor Fini rapporte qu'<< Éluard avait horreur de la jalousie - il disait qu'il fallait partager ses amantes et ses amants avec des amis...>>.

Ayant su se libérer du terrible dualisme judéo-chrétien dont souffrent toujours tragiquement les femmes et aussi les hommes de notre civilisation, il ne dissocie jamais les jeux de l'amour physique, dont il assume la beauté, des sentiments qu'ils expriment. On a parfois parlé à tort de la << pudeur >> d'Éluard. Il s'agit d'un malentendu. On sait que les sexologues considèrent souvent la pudeur et la jalousie comme des névroses d'origine sociale. En fait, Éluard n'était pas seulement dionysien mais dionysiaque. Pour lui les gestes, les jeux de l'amour sont beaux et conduisent à l'emploi de beaux termes à l'opposé de la paillardise scatologique qui fait partie du système puritain. Donc si Éluard refuse l'emploi de mots vulgaires et orduriers pour l'amour physique, ce n'est pas par pudeur, au contraire.

Remarquons que souvent la transgression érotique des valeurs bourgeoises prônée par les surréalistes a conduit naturellement à développer pour l'essentiel une érotique de contenu idéologique bourgeois. En libérant l'inconscient, les surréalistes ont libéré ce qu'y avaient inscrit la famille, la société...

L'oeuvre de Wilhelm Reich, ce grand révolutionnaire marxiste de la sexualité n'a sans doute pas été connue d'Éluard bien que son ami, le graveur Albert Flocon (de son vrai nom Albert Menzel) ait été psychanalysé par Reich lorsqu'il était au Bauhaus comme il nous l'a personnellement confié.

Il convient de parler un peu de la personnalité de Gala.

La << Belle époque >> ne supportait pas l'idée d'une femme libérée. Elle ne pouvait être qu'une prostituée ou une demi-mondaine, en un mot une gourgandine. Qu'on songe aux pamphlets orduriers, aux articles de la presse à scandales suscités par la belle et naturelle idylle (adultérine !) entre Marie Curie et Paul Langevin !

Gala fait partie de ces grandes étrangères qui ont joué un rôle culturel si important en France (Marie Curie, Gala, Nathalie Clifford- Barney, Elsa Triolet...), les femmes françaises ayant pour la plupart été conditionnées ou brisées par le système patriarcal dominant.

Il est intéressant de voir combien Gala était détestée par la plupart de ceux qui l'entouraient. Elle dérangeait. Il ne faut pas l'idéaliser, mais comprendre combien il était difficile pour une femme de mener une vie émancipée à cette époque et il est vrai qu'elle fut parfois âpre, brutale. Quelques uns, rares, ont compris et admiré sa liberté. Je songe à ce propos au témoignage sensible et pertinent d'Henri Pastoureau qui a fréquenté Dalí et Gala en 1933/1934.

La relation d'Éluard à l'amitié est exemplaire.

Il faudrait insister à ce propos sur l'amitié de Picasso et d'Éluard, et ce à deux niveaux.

Jamais peut être un poète n'aura su dire de manière si vivante, si profonde, si émouvante, son amitié pour un peintre. Picasso bon maître de la liberté est un des plus beaux textes jamais écrit sur et pour un ami.

Mais de plus alors que les illusions staliniennes faisaient des ravages dans le monde entier chez les humains épris de justice, de paix, de progrès l'oeuvre de Picasso ne s'inscrit pas précisément dans les canons du << réalisme socialiste >> jdanovien.

Combien de révolutionnaires, lucides sur l'imposture stalinienne avant guerre, ont cru que, le nazisme écrasé (et il faut rappeler que l'écrasement de l'hitlérisme fut réalisé pour l'essentiel par l'Armée Rouge), enfin le vrai socialisme serait bâti. On sait que maintenant nombre d'historiens datent la contre-révolution soviétique de la montée au pouvoir de Staline et non de 1989, comme la contre- révolution française fut l'Empire, et pas Waterloo.

La correspondance très émouvante de Paul Éluard et de Joë Bousquet, l'immobilisé à la chambre close de Carcassonne, vient encore nous montrer que pour Paul Éluard, la véritable relation amicale, altruiste, était constitutive de sa personnalité.

Il est bien connu qu'un tel profil rend fragile, vulnérable. Et en effet les aspirations de Paul Éluard se sont heurtées aux calculs, aux incompréhensions. Comment à cette époque concevoir une idée de l'amour aussi haute ? Autour de Paul Éluard on n'avait pas su dépasser jalousie, couple fermé, adultère bourgeois, calculs sordides.

C'est une souffrance que connaissent nombre de vrais révolutionnaires.
<< La barque de l'amour s'est brisée contre la vie courante. >> écrivit Maïakovsky en 1930 avant de disparaître volontairement. Paul Éluard, lui, s'enfuit en 1924 dans un périple autour du monde après avoir écrit le poème Giorgio de Chirico qui n'est PAS un poème sur l'oeuvre de Chirico...

On sait que la grande révolution scientifique et technique informationnelle dont nous vivons le début conduit nombre d'historiens, sociologues, etc. à considérer les utopies de Fourier comme devenant réalistes, et peut-être donc ses valeurs amoureuses. D'ailleurs regardons autour de nous les transformations profondes dont Georges Duby signale sans cesse l'importance historique.

Ainsi la grande figure de Paul Éluard nous apparaît-elle aujourd'hui comme un modèle pour les hommes de demain, lorsqu'ils sauront aimer, lorsque l'humanité sortira de la barbarie..

Et je conclurai mon exposé par ces quatre vers qui disent tout :
Nous n'irons pas au but un par un mais par deux
Nous connaissant par deux nous nous connaîtrons tous
Nous nous aimerons tous et nos enfants riront
De la légende noire où pleure un solitaire.

Gérard VERROUST
Université Paris VIII
Colloque International De Nice
Paul Éluard a cent ans
Nice, 22-23-24 janvier 1996

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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 18:13

Par Loran

« Fabrice a besoin de faire le don de lui-même. Et le don de lui-même passe à travers des textes. Ce don est pour nous. C'est un phénomène qui dépasse le théâtre proprement dit. Piaf, par exemple, avait la même fatalité dans le don. Lui, comme elle, est un personnage très exalté, mais cette exaltation est hautement enrichissante, alors que chez bien d'autres, elle est encombrante. (…) Il a une telle richesse, une telle "réinvention", une imagination rebondissante si extraordinaire. Il y a chez lui comme un envahissement de l'être par le verbe. Il se renvoie au verbe et le verbe renvoie vers nous. Il est infatigable. » Laurent Terzieff

Rendez vous sur la page qui lui est consacrée et savourez...
Cliquez sur la photo.  Et regardez ses vidéos...
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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 22:19

Par Loran
                                                          
Une péniche de joie
Glisse sur mon lacrymal.
J'ai singé Attila
Pissant du haut d'son cheval !
J'imitais la Madone
Enveloppée dans sa carapace.
J'ai poussé Al Capone
À vendre sa cuirasse.
Un mercenaire fébrile
Pleurait dans mon mouchoir,
Pendant qu'une imbécile
Récurait son couloir,
Son couloir de batailles,
Rayé de zèbres fourbes,
Quadrillant la mitraille
En épousant la courbe.

J'ai vu le président
Cracher dans un calice !
J'ai vu le président
Se soigner les varices.
J'ai vu son firmament
Se dépuceler d'étoiles.
J'ai vu mes trente-deux dents
Se transformer en poils !
"Ta Gueule !" me dit l'apôtre,
"Au Cul !" me dit l'évêque !
Si tu veux être des nôtres
Il faut clouer ton bec !

Ah ! Si c'était si simple,
Je fermerais ma gueule,
Je prendrais l'aller simple,
J'aimerais y aller seul.
Et puis je suis content,
Et puis vous êtes contents,
Et puis ils sont contents,
Alors je suis content
Que tout le monde soit content.


Ecoutez-moi, caricatures !
Serpents de magnésium
Rampant mon oesophage,
S'enivrant de l'hélium
De l'estomac du sage,
Du sage que je suis
Ou que je croyais être.
Suis-je un monstre de suie ?
Je croyais me connaître.

Répondez-moi, caricatures !

Le soleil s'est couché
Sur un autre univers.
J'ai inventé le pied
Qui culbutera la Terre.
Caricatures de vie,
Montagnes de mensonges,
Suis-je un monstre de suie ?
Ne serais-je qu'un songe ?
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Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 10:45

Par Loran
Clip "Si j'étais le Messie" [Ange, 1975]


 

 


Si j'étais le Messie, je raconterais n'importe quoi,
N'importe où, n'importe comment,
Et les gens me croiraient,
Ils n'ont rien d'autre à faire...
Si j'étais le Messie, je mènera is en bateau
N'importe qui, n'importe comment,
Et les gens me croiraient,
Ils ne connaissent pas mes eaux...
Si j'étais le Messie, je serais pédéraste,
Avec n'importe qui, n'importe comment,
Et les gens me suivraient,
Reniflant mon derrière...
Si j'étais le Messie, je me ferais voleur,
Avec n'importe qui, n'importe comment,
Et les gens se tairaient,
N'ayant rien d'autre à faire...
Si j'étais le Messie, je construirais un temple,
Avec n'importe quoi, n'importe comment,
Et les gens y viendraient
Pour y montrer leurs airs...
Si j'étais le Messie, j'aurais un oeil de verre,
Pour pouvoir fermer l'autre, pour ne rien voir du tout,
Et les gens me plaindraient,
Et vanteraient ma misère !
Si j'étais le Messie, je serais un ivrogne,
Boirais n'importe quoi, n'importe comment et n'importe où,
Et les gens m'imiteraient,
Croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je marcherais sur l'eau,
N'importe où, n'importe comment,
Et les gens se noieraient,
Croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je ferais des miracles,
N'importe où, mais PAS n'importe comment,
Et les gens s'étonneraient, criant :
"Au nom du père !"
Si j'étais le messie, j'inventerais une crèche,
Pas n'importe comment, pas pour n'importe qui,
Seulement pour les enfants.
Les enfants grandiront, croyant toujours bien faire...
Si j'étais le Messie, je me ferais crucifier,
Pas par n'importe qui, pas n'importe comment,
Et les gens pleureraient,
Ne sachant trop que faire...
Je ne suis pas Messie, heureusement pour ma mère,
Qui ne pourrait plus vendre sa virginité,
Car les gens l'achèteraient,
Croyant toujours bien faire...
Il y a très longtemps, il y eut un Messie,
Il est venu d'ailleurs, d'une autre galaxie,
Et les gens l'ont tué...
Ils avaient cru bien faire !
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 13:41

Par Loran

LE FRANÇAIS


Moi qui vis à Paris depuis plus de vingt ans,
Qui suis né quelque part au coeur de la Champagne,
Jusqu'à ces temps derniers je m'estimais content,
Mais tout est bien fini, la panique me gagne.
Quand je lève mes yeux sur les murs de ma ville,
Moi qui n'ai jamais su plus de trois mots d'anglais,
Je dois parler par gestes... et c'est bien difficile...
Alors je viens chez vous retrouver le français.
Mes amis pour un rien se font faire des check-up,
Moi je me porte bien, j'en rigole de confiance,
J'écoute des longs playings le soir sur mon pick-up;
Des rockmens, des crooners, y en a pas mal en France.
Et j'bouffe des mixed-up grills, des pommes chips à gogo,
Alors que j'aim'rais tant manger des pommes de terre
Avec des p'tits bouts d'foie et des p'tits bouts d'gigot,
Mais pour ça c'est fini, il faudra bien s'y faire.
On boit des lemon dry dans les snack-bars du coin,
En plein coeur de Paris ça me fait mal au ventre,
Et l'odeur des hot-dogs j'la sens v'nir de Si loin
Que mon coeur se soulève aussitôt que j'y rentre.
Et l'on fait du footing, du shopping, des plannings,
De quoi décourager mêm' la reine d'Angleterre.
Ma femme la s'main' dernière s'est fait faire un lifting,
J'ai fait du happening pour passer ma colère.
Mais ça peut plus durer, j'peux plus vivre comm' ça,
J'aime le vieux langage que parlaient mes ancêtres.
Je vous jure que chez nous il s'en va pas à pas
Tant pis pour nos enfants, ils s'y feront peut-être,
Mais moi je n'm'y fais pas, alors j'ai pris l'avion,
J'ai salué Paris du haut de ma nacelle,
Je suis venu chez vous chercher avec passion
Au bord du Saint-Laurent ma langue maternelle.


Bernard Dimey
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 13:38

Par Loran

J' AIMERAIS TOUT SAVOIR bernard dimey

(Bernard Dimey / Jehan Cayrecastel)

J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles,
J'aurais eu le plaisir de t'avoir vue dormir
La boucle de cheveux autour de ton oreille,
L'instant, l'instant précieux où tes yeux vont s'ouvrir.
On peut dormir ensemble à cent lieues l'un de l'autre,
On peut faire l'amour sans jamais se toucher,
L'enfer peut ressembler au Paradis des autres
Jusqu'au jardin désert qu'on n'avait pas cherché.

Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils?
On dit depuis toujours, "le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin",
Mais chaque heure pour moi n'est qu'un nouveau désastre,
Il n'est pas sûr du tout qu'il fera jour demain.

Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles,
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit,
Mes heures s'éternisent et sont toutes pareilles,
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit,
Je ne crois pas en Dieu mais j'aime les églises,
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant… Mais la place était prise
Toi seule sait vraiment pourquoi je m'en souviens.

Publié dans : Dans mon grenier - Communauté : LA PLUME D'ARGENT
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Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 13:32

Par Loran

Bernard Dimey

Je ne dirai pas tout.
J'aurai passé ma vie à me décortiquer, à me déshabiller,
à donner en spectacle à n'importe quel prix ce que
j'avais de plus précieux, de plus original,
plus vivant que moi-même,
au prix de quelques efforts,
je ne le dirai pas.

Je ne dirai pas tout.

On passe au beau milieu de ses contemporains et la
figuration n'est pas intelligente.
lls ont tous un cerveau fendu par le milieu
dont toute une moitié se transforme en silex.

Je vais jour après jour, envers et contre tout, vers mon point de départ,
cercueil aussi tranquille, aussi doux qu'un berceau.

Le besoin de parler ne m'a pas réussi,
les hommes sont cruels et crèvent de tendresse,
les femmes sont fidèles aux amours de hasard,
tout le talent du monde est à vendre à bas prix
et qui l'achètera ne saura plus qu'en faire.

L'animal a raison qui sait tuer pour vivre...
Les animaux sont purs, ils n'ont pas inventé la morale
au rabais, les forces de police
ni la peur du néant, ni le Bon Dieu chez soi,
ni l'argent ni l'envie
ni l'atroce manie de rendre la justice.

Les poissons de la mer n'ont pas d'infirmités.
Là, chacun se dévore et s'arrache et s'étripe
et le meilleur des mondes est encore celui-là,
sans paroles perdues, sans efforts de cervelle,
mensonges cultivés, mis au point, sans techniques...

L'antilope sait bien qu'un lion la mangera, elle reste gracieuse.
La savane est superbe, elle y prend son plaisir
et moi de jour en jour
je suis comme un crapaud, de plus en plus petit,
écrasé, aplati malheureux sous une planche de jardin.
Le soleil me fait peur... Vos regards d'imbéciles ont eu
raison de moi.

Je ne dirai pas tout.
J'ai compris trop de choses,
mais de comprendre ou pas nul n'en devient plus riche.
La vie comme un brasier finira par gagner,
attendu que la cendre est au bout de la route
et que tous les squelettes ont l'air d'être parents.

Je croyais autrefois, à l'âge des étoiles et des sources et
du rire et des premiers espoirs
être né pour tout dire,
n'être là que pour ça.

Intoxiqué très tôt par le besoin d'écrire,
je me suis avancé parmi vous, pas à pas,
et l'on m'a regardé comme un énergumène,
comme un polichinelle au sifflet bien coupé
qui savait amuser son monde...

A la rigueur...
le faire un peu sourire, le faire un peu pleurer,
j'aurais pu devenir assez vite un virtuose mais le goût
m'est passé de parler dans le vent.

Je ne dirai pas tout.
J'ai le sang plein d'alcool, d'un alcool de colère,
et je vais achever ma vie dans un bocal comme un poisson Chinois
peut-être un celacanthe...
J'aurai, j'en suis certain, de l'intérêt plus tard,
vous aurez des machines à faire parler les morts,

Je vous raconterai mes crimes et ma légende
et je vous offrirai des mensonges parfaits
que vous mettrez en vers, en musique, en images,
mais vous aurez beau faire,
je ne dirai pas tout !

Je suis le descendant du vautour et du poulpe,
mes ancêtres, autrefois, survolaient vos jardins
et sillonaient vos mers.

Je ne dirai pas tout... Tant de peine perdue !

On peut avoir à dix-huit ans l'impérieux besoin d'aller
prêcher dans le désert
devant un auditoire de fantômes illettrés, de beaux
analphabètes ou de milliardaires courtois
ni plus ou moins idiots qu'un ouvrier d'usine...

Mais l'âge m'est passé des sermons de ce genre.
Je ne dirai pas tout !

Or, tout me reste à dire.
Publié dans : Dans mon grenier - Communauté : Pensées d'ailleurs
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Jeudi 12 mars 2009 4 12 /03 /Mars /2009 18:39

Par Loran

Prière d’un petit enfant nègre  (Guy Tirolien)

                

tirolien.jpg
 


Seigneur
je suis très fatigué
je suis né fatigué
et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
et le morne est bien haut qui mène à leur école
Seigneur je ne veux plus aller à leur école ,
faites je vous en prie que je n’y aille plus
Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
où glissent les esprits que l’aube vient chasser
Je veux aller pieds nus par les sentiers brûlés
qui longent vers midi les mares assoiffées
je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers
je veux me réveiller
lorsque là bas mugit la sirène des blancs
et que l’usine
ancrée sur l’océan des cannes
vomit dans la campagne son équipage nègre
Seigneur je ne veux plus aller à leur école
faites je vous en prie que je n’y aille plus
Ils racontent qu ‘il faut qu’un petit nègre y aille
pour qu’il devienne pareil
aux messieurs de la ville
aux messieurs comme il faut;
Mais moi je ne veux pas
devenir comme ils disent
un monsieur de la ville
un monsieur comme il faut
Je préfère flâner le long des sucreries
où sont les sacs repus
que gonfle un sucre brun
autant que ma peau brune
Je préfère
vers l’heure où la lune amoureuse
parle bas à l’oreille
des cocotiers penchés
écouter ce que dit
dans la nuit
la voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
les histoires de Zamba
et de compère Lapin
et bien d’autres choses encore
qui ne sont pas dans leur livre .
Les nègres vous le savez n’ont que trop travaillé
pourquoi faut il de plus
apprendre dans des livres
qui nous parlent de choses
qui ne sont point d’ici .
Et puis
elle est vraiment trop triste leur école
triste comme
ces messieurs de la ville
ces messieurs comme il faut
qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
qui ne savent plus conter de contes aux veillées
Seigneur je ne veux plus aller à leur école.


Balles d’Or a été publié par Présence Africaine en 1961 rédition en 1982

Voir aussi du même auteur le poème Black Beauty

 

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Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /Mars /2009 11:07

Par Loran
       Cette nuit, tu m'as dit : "Une matrice nous enveloppe tous deux, qu'allons nous devenir ?" Nous aurons du devenir partout où il nous en manquait. Tu inventes ce quelque chose de nos vies qui ne savait pas s'y prendre avec les occasions de changer la vie. T'en souvient-il ? Nous nous sommes attirés par aimantation chancelante, maladresses magnétisées. Nos désirs aussi se fourvoyaient, comme des débutants. Rien de tel pour s'agglutiner d'émotion autour d'un bruit à nul autre pareil, ce son inégalé qu'émet l'amour lorsqu'au lieu de parler de ce qu'il sait déjà, il parle de ce qu'il en a oublié. C'est la condition de son aurore. De cette aurore il n'aperçoit la fin, c'est en elle, et par elle qu'il refuse de vieillir. Bâtir l'amour, comme si c'était une première fois dans notre histoire, cette idée est bien un idée, c'est plus que ça : une gageure de chair et de sang, un pari sexué et pas seulement, un désir qui s'étendrait au-delà de ses bornes, jusque dans l'inconnu lascif de ces organes dont d'habitude le rôle n'est pas d'aimer ou de se faire aimer. Ils sont seulement utilitaires. Et maintenant on dirait qu'ils prennent leur part de nos enlacements.
Vous êtes venue de toutes parts et de nulle part me déloger de moi, traverser mon impasse, l'ouvrir vers le grand large. Et maintenant, chaque jour, je m'abats en vos pentes chaudes, entre vos formes douces et je vois dans vos lèvres l'accès à l'infini. Ma joie sans précédent, c'est votre innovation, je suis votre fidèle, hors de vous point d'attaches, point d'autre concurrence que la femme que vous êtes en ses métamorphoses, pourvu qu'elles soient d'amour, de cet amour que vous et moi nous disons, nous faisons à n'en plus savoir qui nous sommes vraiment, comme si notre identité, délicieusement, se grisait à l'idée de nous rendre méconnaissables à nous mêmes.

Ma main tremble à vous écrire tout cela. Ma main vous transperce d'amour pour vous écrire, et au bout, elle tremble avec le tremblement des mots. En écrivant ma main vous cherche encore alors qu'elle vient de vous traverser. Ma main voudrait sauter des pages vierges de vous pour remplir votre peau de ses cantiques à venir. Mon écriture m'embarque vers votre archipel intime, mais par quelle île commencer en vous quand c'est pour toutes que j'ai quitté le port, et laissé derrière moi mon passé d'éclusier. Je jouis, j'interroge le ciel, mais en baissant les yeux, car ce ciel a chu en vous, qui en raflez les astres, le jour, et la nuit les taillez, lorsque s'ouvrent vos nymphes, se ferment vos paupières et que je m'éblouis de votre jouissance. Mon jouir n'est rien s'il n'est le fruit du vôtre, s'il n'a su être ce mélange de terre, d'eau, et de feu dont votre ventre est fait et attend de l'amour sa cuisson. Mon plaisir est le portier tantôt ivre et tantôt angoissé de votre désir.

Je vous aime avec le brio propitiatoire des pauvres en raison, riches en inspiration. J'ai l'air de vous aimer à tâtons, en ratant des marches, au mépris des rampes, et pourtant si vous saviez comme est inflexible mon ouvrage d'amour de vous. Ses approximations sont plus dures que la pierre, plus stables que les équilibres, plus belles que les fleurons du compagnonnage. Vous m'obligez à l'indicible accord.


"Nous amants, au bonheur ne croyant" - Marcel Moreau
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Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 14:37

Par Loran

Lili Boniche (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lili_Boniche)


né en 1921 à Alger et décédé le 6 mars 2008 à Paris est un célèbre chanteur juif d'Algérie de musique arabo-andalouse. Son répertoire comprend des styles variés comme le chaâbi, rumbas algéroises très populaires .

 

Rendez vous sur la page qui lui est consacrée ici
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 00:46

Par Loran
"Je relis pour la nième fois les Lettres à un Jeune Poète de Rainer Maria Rilke. Ce petit bouquin ne quitte pas ma table de nuit depuis des années, je l'adore, il m'a fait et me fait grandir. Voici ce que je viens d'y lire et qui me semble plus qu'à propos. Où il est une fois de plus question d'adaptation, de compréhension, de remise en question, bref tout ce qui est l'essence des rapports humains"  Anne Maureen.


"Seul celui qui est prêt à tout, et n'exclut rien, pas même le plus énigmatique, vivra la relation avec quelqu'un d'autre comme une chose vivante, et épuisera sa propre existence.

Si l'on se figure cette existence de l'individu comme une pièce plus ou moins grande, on voit que, pour la plupart, les gens n'apprennent à connaître qu'un coin de leur pièce, une place à la fenêtre, une bande sur laquelle ils vont et viennent. Ainsi trouvent-ils une certaine sécurité.


Et pourtant, elle est tellement plus humaine cette insécurité pleine de dangers qui, dans les histoires de Poe, pousse les prisonniers à palper les formes de leurs terrifiants cachots, et à n'être pas étrangers aux indicibles effrois de leur séjour. Mais nous ne sommes pas prisonniers.


Nuls traquenards ni pièges ne sont autour de nous disposés; rien n'est là qui doive nous faire peur ou nous torturer. Nous sommes placés dans la vie comme dans l'élément auquel nous correspondons le mieux, et, de surcroît, grâce à cette adaptation millénaire, nous en sommes venus à ressembler à cette vie, au point que, lorsque nous restons immobiles, c'est à peine si, par un heureux mimétisme, nous nous distinguons de tout ce qui nous entoure. Nous n'avons pas de raison d'avoir de la méfiance contre notre monde, car il n'est pas contre nous. S'il est en lui des effrois, ce sont nos effrois; S'il est en lui des abîmes, ces abîmes nous appartiennent; des dangers se trouvent-ils là, nous devons essayer de les aimer.


Et pour peu que nous disposions notre vie selon le principe qui nous conseille de nous tenir au plus difficile, alors ce qui nous paraît aujourd'hui encore le plus étranger nous deviendra le plus familier, le plus fidèle. Comment nous faudrait-il oublier les vieux mythes qui se trouvent au commencement de tous les peuples, ces mythes de dragons qui, à l'instant suprême, se métamorphosent en princesses?


Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui attendent, simplement, de nous voir un jour beaux et vaillants. Peut-être tout l'effroyable est-il, au plus profond, ce qui, privé de secours, veut que nous le secourions."




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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 23:41

Par Loran

Dans le désert de papier blanc

mes vieux chameaux de mots naviguent

croisant parfois les ossements d’un poème mort de fatigue

bédouin brûlé par l’aveuglant néon

d'un néant sèche douche

je marche marche m’ensablant

un baîllon d’encre sur la bouche


Il est des bouches oasis

toute enchantées de phrases fraîches

La mienne suce le supplice d’une langue qui se dessèche


Pourquoi me suis-je, ah la la !

aventuré parmi ces dunes,

croyais-je y rencontrer Allah,

son burnous en bure de lune ?


Il m'aurait dit : "ta soif me plait, voici ma gourde d'eau mentale"

Alors j’eusse bu les couplets d’une chanson fondamentale

Une chanson à l’infini d’un souffle neuf brisant ces noces

Qui nous font naître dans un nid halluciné de becs féroces

Une chanson puisée ailleurs qu’à la litanie de nos plaintes

Mêlées aux hymnes fossoyeurs dans le poumon des guerres saintes

Une chanson calmant la soif,

de nos soifs enfin inondée

oui, qu’une pluie enfin nous coiffe d’une chevelure d’idées…

Idées dictées  pour en sortir de nos mariages

et de leur divorce

de nos bourreaux et leurs martyrs,

de nos contrats et leurs entorses

de nos salams salamalecs au sommet sec de nos puissances

quand nos enfants claquent du bec

dans la patrie de l’innocence

J'ai soif, soif...

Et me voici là devant vous frères humains

but de ma course

les doigts tendus comme des trous

vers la lumière d’une source

J’ai soif….

Source, chant-source,

jaillit! jaillit! jaillit!

 

Nougaro

 

 

 

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agréable et astucieux :)

Lisabuzz.com parle de Lézardes et murmures : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Lézardes et murmures, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Loran mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Lézardes et murmures et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

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