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Dans mon grenier

Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /Mars /2009 11:07

Par Loran
       Cette nuit, tu m'as dit : "Une matrice nous enveloppe tous deux, qu'allons nous devenir ?" Nous aurons du devenir partout où il nous en manquait. Tu inventes ce quelque chose de nos vies qui ne savait pas s'y prendre avec les occasions de changer la vie. T'en souvient-il ? Nous nous sommes attirés par aimantation chancelante, maladresses magnétisées. Nos désirs aussi se fourvoyaient, comme des débutants. Rien de tel pour s'agglutiner d'émotion autour d'un bruit à nul autre pareil, ce son inégalé qu'émet l'amour lorsqu'au lieu de parler de ce qu'il sait déjà, il parle de ce qu'il en a oublié. C'est la condition de son aurore. De cette aurore il n'aperçoit la fin, c'est en elle, et par elle qu'il refuse de vieillir. Bâtir l'amour, comme si c'était une première fois dans notre histoire, cette idée est bien un idée, c'est plus que ça : une gageure de chair et de sang, un pari sexué et pas seulement, un désir qui s'étendrait au-delà de ses bornes, jusque dans l'inconnu lascif de ces organes dont d'habitude le rôle n'est pas d'aimer ou de se faire aimer. Ils sont seulement utilitaires. Et maintenant on dirait qu'ils prennent leur part de nos enlacements.
Vous êtes venue de toutes parts et de nulle part me déloger de moi, traverser mon impasse, l'ouvrir vers le grand large. Et maintenant, chaque jour, je m'abats en vos pentes chaudes, entre vos formes douces et je vois dans vos lèvres l'accès à l'infini. Ma joie sans précédent, c'est votre innovation, je suis votre fidèle, hors de vous point d'attaches, point d'autre concurrence que la femme que vous êtes en ses métamorphoses, pourvu qu'elles soient d'amour, de cet amour que vous et moi nous disons, nous faisons à n'en plus savoir qui nous sommes vraiment, comme si notre identité, délicieusement, se grisait à l'idée de nous rendre méconnaissables à nous mêmes.

Ma main tremble à vous écrire tout cela. Ma main vous transperce d'amour pour vous écrire, et au bout, elle tremble avec le tremblement des mots. En écrivant ma main vous cherche encore alors qu'elle vient de vous traverser. Ma main voudrait sauter des pages vierges de vous pour remplir votre peau de ses cantiques à venir. Mon écriture m'embarque vers votre archipel intime, mais par quelle île commencer en vous quand c'est pour toutes que j'ai quitté le port, et laissé derrière moi mon passé d'éclusier. Je jouis, j'interroge le ciel, mais en baissant les yeux, car ce ciel a chu en vous, qui en raflez les astres, le jour, et la nuit les taillez, lorsque s'ouvrent vos nymphes, se ferment vos paupières et que je m'éblouis de votre jouissance. Mon jouir n'est rien s'il n'est le fruit du vôtre, s'il n'a su être ce mélange de terre, d'eau, et de feu dont votre ventre est fait et attend de l'amour sa cuisson. Mon plaisir est le portier tantôt ivre et tantôt angoissé de votre désir.

Je vous aime avec le brio propitiatoire des pauvres en raison, riches en inspiration. J'ai l'air de vous aimer à tâtons, en ratant des marches, au mépris des rampes, et pourtant si vous saviez comme est inflexible mon ouvrage d'amour de vous. Ses approximations sont plus dures que la pierre, plus stables que les équilibres, plus belles que les fleurons du compagnonnage. Vous m'obligez à l'indicible accord.


"Nous amants, au bonheur ne croyant" - Marcel Moreau
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Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 14:37

Par Loran

Lili Boniche (http://fr.wikipedia.org/wiki/Lili_Boniche)


né en 1921 à Alger et décédé le 6 mars 2008 à Paris est un célèbre chanteur juif d'Algérie de musique arabo-andalouse. Son répertoire comprend des styles variés comme le chaâbi, rumbas algéroises très populaires .

 

Rendez vous sur la page qui lui est consacrée ici
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 00:46

Par Loran
"Je relis pour la nième fois les Lettres à un Jeune Poète de Rainer Maria Rilke. Ce petit bouquin ne quitte pas ma table de nuit depuis des années, je l'adore, il m'a fait et me fait grandir. Voici ce que je viens d'y lire et qui me semble plus qu'à propos. Où il est une fois de plus question d'adaptation, de compréhension, de remise en question, bref tout ce qui est l'essence des rapports humains"  Anne Maureen.


"Seul celui qui est prêt à tout, et n'exclut rien, pas même le plus énigmatique, vivra la relation avec quelqu'un d'autre comme une chose vivante, et épuisera sa propre existence.

Si l'on se figure cette existence de l'individu comme une pièce plus ou moins grande, on voit que, pour la plupart, les gens n'apprennent à connaître qu'un coin de leur pièce, une place à la fenêtre, une bande sur laquelle ils vont et viennent. Ainsi trouvent-ils une certaine sécurité.


Et pourtant, elle est tellement plus humaine cette insécurité pleine de dangers qui, dans les histoires de Poe, pousse les prisonniers à palper les formes de leurs terrifiants cachots, et à n'être pas étrangers aux indicibles effrois de leur séjour. Mais nous ne sommes pas prisonniers.


Nuls traquenards ni pièges ne sont autour de nous disposés; rien n'est là qui doive nous faire peur ou nous torturer. Nous sommes placés dans la vie comme dans l'élément auquel nous correspondons le mieux, et, de surcroît, grâce à cette adaptation millénaire, nous en sommes venus à ressembler à cette vie, au point que, lorsque nous restons immobiles, c'est à peine si, par un heureux mimétisme, nous nous distinguons de tout ce qui nous entoure. Nous n'avons pas de raison d'avoir de la méfiance contre notre monde, car il n'est pas contre nous. S'il est en lui des effrois, ce sont nos effrois; S'il est en lui des abîmes, ces abîmes nous appartiennent; des dangers se trouvent-ils là, nous devons essayer de les aimer.


Et pour peu que nous disposions notre vie selon le principe qui nous conseille de nous tenir au plus difficile, alors ce qui nous paraît aujourd'hui encore le plus étranger nous deviendra le plus familier, le plus fidèle. Comment nous faudrait-il oublier les vieux mythes qui se trouvent au commencement de tous les peuples, ces mythes de dragons qui, à l'instant suprême, se métamorphosent en princesses?


Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui attendent, simplement, de nous voir un jour beaux et vaillants. Peut-être tout l'effroyable est-il, au plus profond, ce qui, privé de secours, veut que nous le secourions."




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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 23:41

Par Loran

Dans le désert de papier blanc

mes vieux chameaux de mots naviguent

croisant parfois les ossements d’un poème mort de fatigue

bédouin brûlé par l’aveuglant néon

d'un néant sèche douche

je marche marche m’ensablant

un baîllon d’encre sur la bouche


Il est des bouches oasis

toute enchantées de phrases fraîches

La mienne suce le supplice d’une langue qui se dessèche


Pourquoi me suis-je, ah la la !

aventuré parmi ces dunes,

croyais-je y rencontrer Allah,

son burnous en bure de lune ?


Il m'aurait dit : "ta soif me plait, voici ma gourde d'eau mentale"

Alors j’eusse bu les couplets d’une chanson fondamentale

Une chanson à l’infini d’un souffle neuf brisant ces noces

Qui nous font naître dans un nid halluciné de becs féroces

Une chanson puisée ailleurs qu’à la litanie de nos plaintes

Mêlées aux hymnes fossoyeurs dans le poumon des guerres saintes

Une chanson calmant la soif,

de nos soifs enfin inondée

oui, qu’une pluie enfin nous coiffe d’une chevelure d’idées…

Idées dictées  pour en sortir de nos mariages

et de leur divorce

de nos bourreaux et leurs martyrs,

de nos contrats et leurs entorses

de nos salams salamalecs au sommet sec de nos puissances

quand nos enfants claquent du bec

dans la patrie de l’innocence

J'ai soif, soif...

Et me voici là devant vous frères humains

but de ma course

les doigts tendus comme des trous

vers la lumière d’une source

J’ai soif….

Source, chant-source,

jaillit! jaillit! jaillit!

 

Nougaro

 

 

 

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Lundi 2 mars 2009 1 02 /03 /Mars /2009 22:52

Par Loran

Mon coeur, mes veines et tous mes membres frissonnaient de désir.

Comme auparavant, j'étais si effrayée, bouleversée, qu'il me semblait

que je ne pouvais satisfaire mon aimé et que mon aimé ne pouvait me combler.

Mourant il me fallait tomber dans la fureur de l'amour, il me fallait mourir.

L'amour, de désir, me remplissait de peur et de douleur,si bien que chacun de mes membres semblait se rompre l'un après l'autre, tandis que se tordait chacune de mes veines.

Le désir qui m'emplit alors ne peut être exprimé par nulle parole, par nul être que je sache...

Ce que je peux dire est pour tous ceux qui ne connaissent pas l'amour comme un bien qu'il convient de désirer, et qui n'ont jamais été reconnus par l'amour.

Je désirais jouir pleinement de mon aimé, le connaître et le savourer en sa totalité.

Que son humanité s'unisse fruitivement à la mienne, et que celle-ci en lui, soit si stable

et si forte qu'elle parvienne à la perfection jusqu'à la satisfaire, lui, le tout, le tout-parfait.

Je fus moi même en mesure de le supporter pendant un certain temps,

mais peu à peu je perdis l'homme sous son aspect extérieur.

Ses formes disparurent à mes yeux, je les vis s'évanouir et nous fondîmes en un,

si bien que je ne pouvais ni le reconnaître ni le percevoir en dehors de moi,

et il était en moi sans séparation, je ne pouvais alors le distinguer de moi.

A cet instant précis, nous étions Un, sans différence.


Hadewijgh van Antwerpen – 7ème vision (extrait)

 

 

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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /Mars /2009 07:24

Par Loran

Elvire portait un masque, le plus joli du monde.

Et chacun se laissait prendre au charme de ce masque.

Dans la saison pesante on y trouvait la fraîcheur;

Et la nuit son pouvoir continuait de luire;

Un pouvoir qui allait jusqu'à l'âme;

Un beau fleuve n'est pas plus grave à regarder; quand un jour quelque vent malappris

Arracha l'artifice et l'on vit que le masque

Était vide.



"Norge (initialement Geo Norge), pseudonyme de Georges Mogin, est un poète belge francophone né en 1898 à Bruxelles et décédé en 1990"
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Mercredi 25 février 2009 3 25 /02 /Fév /2009 19:37

Par Loran
                                                                                               
Je viens de terminer la lecture de ce roman.

Quand j'ai ouvert le livre je n'ai pas entendu raisonner le tambour de Mwenyi-Mku, mes oreilles sans doute n'étaient pas encore prêtes. J'aurais du me méfier pourtant car dès la première page je me suis retrouvé embarqué de force sur ce bateau de la compagnie maritime Belge et débarqué au coeur de la forêt Congolaise, un siècle plus tôt , en pleine époque coloniale. De l'amour, de la magie et, inévitable, la folie des hommes, l'arrogance des missionnaires et la discrimination...

C'est le deuxième roman de Carine Geerts,  et j'ai vraiment adoré ! 








                                                           
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /Fév /2009 11:03

Par Loran
BALKIS


Merci à vous,

Merci à vous,

Assassinée, ma bien aimée !

Vous pourrez dès lors 
Sur la tombe de la martyre 
Porter votre funèbre toast. 
Assassinée ma poésie ! 
Est-il un peuple au monde, 
-Excepté nous- 
Qui assassine le poème  ?

O ma verdoyante Ninive ! 
O ma blonde bohémienne ! 
O vagues du Tigre printanier ! 
O toi qui portes aux chevilles 
Les plus beaux des anneaux !

Ils t'ont tuée, Balkis !

 

Lire la suite sur la page consacrée à Nizar Kabbani

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Vendredi 13 février 2009 5 13 /02 /Fév /2009 04:03

Par Loran

Il est minuit trente j'ai posé le livre... Je viens de dévorer d'une seule traite ses 157 pages, je suis sous le charme et le choc... Déjà je brûle d'en reprendre la lecture. Prendre une seconde dose, plus forte encore, de ce concentré de guerre du Liban et d'humanité bestiale, comme si cette relecture pouvait soulager un peu cette jeune femme, Darina, du poids de la folie des hommes et de leurs religions.

Cette nuit plus que jamais je partage la peine des promoteurs de laïcité et la détresse de toutes les Âme-cerises du monde...


"Je n'ai jamais connu la peur, dans les pires moments de la guerre, je rigolais sous les F16, je dansais aux moments des pires massacres, je faisais l'amour sous les bombes, mais au couvent de la Croix je tremblais tout le temps, j'avais peur des gifles des bonnes soeurs (...) Les femmes que je voyais autour de moi étaient pareilles à toutes les femmes que j'avais vues dans le monde arabe : des bêtes de trait. J'ai compris notre vulnérabilité de femmes, on a beau être une vedette, médecin, une célébrité, au moindre faux pas la femme redevient femme, bête de somme qu'on enchaîne comme on veut." ("Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter" - Darina Al-Joundi et Mohamed Kacimi)

 

http://www.youtube.com/watch?v=WmocKyHjg0Y&feature=related


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agréable et astucieux :)

Lisabuzz.com parle de Lézardes et murmures : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Lézardes et murmures, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D ailleurs, Loran mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Lézardes et murmures et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com

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