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Lesia
! J'expire à Guernesey
des mots crapauds privés de sens,
Chantant aux mules amusées
De jolis souvenirs d'en France,
Quand ton sein cloué sur mon cœur
Poussait la marée salicole
aux pages de mon livre d'heures.
La mémoire peut être frivole,
À Divona ou Guernesey...
Sans toi, l'exil c'est n'importe où.
Mon âme à ton coeur épousée
Victor te cherche comme un fou
Et guère ne sais si tu fus mienne
À Divona ou Guernesey.
Dans l'ombre tendre de Julienne
Le sable coule à marée basse,
mes doigts démaquillant tes yeux.
Petite fille tu te délasses
Aux heures blanches de nos jeux
Où la tendresse te trahit,
Quand tu voudrais tout croire fini
Et que j'implore que le temps cesse...
Loran
Laurent CHAINEUX nous invite à une ballade en poésie à Divona ou Guernesey. Au sens structurel d'abord avec ce beau leitmotiv, refrain qui sonne comme un renvoi de bastringue à la Yvette Guilbert ou à la Colette Renard jusqu'à imposer une présence de scie obsessionnelle propre à nous hanter comme Julienne, l'amante marine. Au sens spatial aussi, mais trop secret pour être parfaitement circonscrit. Car on peut vivre près du Dis Pater, le dieu des grottes, des gouffres, des fontaines et des sources à Divona, Divonne-les-Bains, Cahors (Divona Cadurcorum), ville des poètes félibres aux noms qui fleurent bon la belle époque et les beaux sentiments : Ferdinand de la Roussilhe et Jules Combarieu. Mais on peut aussi bien vivre à Divona en Tunisie, en Algérie ou au Maroc, en des lieux assez peu poétiques compris entre le fixe et le portable... Ces premiers ébats seraient donc autant marqués par le spectre de l'exil hugolien de Guernesey : les grandes amours sont exclusives et ne peuvent se résoudre à l'altérité. Sans compter que Julienne est aussi le nom d'une ville charentaise où l'on pratique, dit-on, « l'art de vivre » et la sculpture. Alors on se plaît à imaginer un Laurent CHAINEUX, assez créateur pour être poète, pygmalion d'une Galatée moderne, tombé amoureux d'une Julienne d'ivoire qu'il finit par animer et par épouser. Finalement, que pourrait-il arriver de mieux à un poète que de se créer l'amante idéale dans la matière inerte des mots bruts, de lui donner vie par le miracle poétique, de l'aimer éternellement en « implorant que le temps cesse » ?
Bonsoir Loran,
J'aime bien aussi ce bel hommage, nous avons tous nos moments d'exil parfois. Stella
C'est très beau ! Le maître Hugo continue à inspirer de bien jolis vers...
Cordialement
Aralf
Bonjour Loran, c'est avec un grand plaisir que je découvre ces nouveau poèmes de toi. Toujours magnifiques, tendres, visionnaires, sensuels, émus, parfaitement musicaux. C'est un vrai plaisir. Ophélie
Du romantisme à l'état pur.. c'est aussi beau que douloureux à lire... merci