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Lésia ! J'expire à Guernesey
des mots crapauds privés de sens,
Chantant aux mules amusées
De jolis souvenirs d'en France,
Quand ton sein cloué sur mon coeur
Poussait la marée salicole
Des pages de mon livre d'heures
Aux lignes de tes lèvres folles.
Mon âme à ton coeur s'est donnée
Et je te cherche comme un fou
Quand guère ne sais si tu fus mienne
A Divona ou Guernesey.
Dans l'ombre tendre de Julienne
Le sable coule à tes genoux
Mes doigts démaquillant tes yeux
Quand la tendresse te trahit
Aux heures blanches de nos jeux.
Que tu voudrais tout voir fini
Et que j'implore que le temps cesse,
Et que j'implore que le temps cesse...
Loran (version 2 de j'expire à Guernesey - 26 janvier 2011 )
Laurent CHAINEUX nous invite à une ballade en poésie à Divona ou Guernesey. Au sens structurel d'abord avec ce beau leitmotiv, refrain qui sonne comme un renvoi de bastringue à la Yvette Guilbert ou à la Colette Renard jusqu'à imposer une présence de scie obsessionnelle propre à nous hanter comme Julienne, l'amante marine. Au sens spatial aussi, mais trop secret pour être parfaitement circonscrit. Car on peut vivre près du Dis Pater, le dieu des grottes, des gouffres, des fontaines et des sources à Divona, Divonne-les-Bains, Cahors (Divona Cadurcorum), ville des poètes félibres aux noms qui fleurent bon la belle époque et les beaux sentiments : Ferdinand de la Roussilhe et Jules Combarieu. Mais on peut aussi bien vivre à Divona en Tunisie, en Algérie ou au Maroc, en des lieux assez peu poétiques compris entre le fixe et le portable... Ces premiers ébats seraient donc autant marqués par le spectre de l'exil hugolien de Guernesey : les grandes amours sont exclusives et ne peuvent se résoudre à l'altérité. Sans compter que Julienne est aussi le nom d'une ville charentaise où l'on pratique, dit-on, « l'art de vivre » et la sculpture. Alors on se plaît à imaginer un Laurent CHAINEUX, assez créateur pour être poète, pygmalion d'une Galatée moderne, tombé amoureux d'une Julienne d'ivoire qu'il finit par animer et par épouser. Finalement, que pourrait-il arriver de mieux à un poète que de se créer l'amante idéale dans la matière inerte des mots bruts, de lui donner vie par le miracle poétique, de l'aimer éternellement en « implorant que le temps cesse » ?
Un bisouclic en passant.
Amitiés de la Colline,
Joséphine.