"De la Parole au Silence" - Rachel Fra.'.

J'ai le plaisir de vous présenter, avec son aimable autorisation, une pièce d'architecture tracée de main de Maître par mon amie  Rachel.

 

 

 

De la Parole au Silence

Aleph, souffle de la Création


א

 

 

De la Parole au Silence, du Visible à l´Invisible, du vêtement à l´âme,

le cheminement se dessine d´un entre-deux , d´un seuil où ni nue ni vêtue, on me signifie aussi que je ne dois ni lire ni écrire .

 

Donnez moi la première lettre et je vous donnerai la seconde ! Comme si nous ne pouvions sans l´altérer prononcer la Parole, dire le mot !

 

Comme s´il fallait le silence entre toi et moi pour créer l´espace de notre rencontre ! Comme si dans la rencontre elle même était enfoui le secret de la Parole !

 

Et je m´interroge:quelle est donc cette alchimie secrète du silence et de la lettre que nous devons retrouver pour qu´elle nous engendre à nouveau ?

 

Mais comment dire ce qui est indicible?

Comment designer ce qui n est pas visible?

Comment quantifier ce qui est infini?

 

Cette infinitude qui ne se laisse saisir par la pensée, porte le Nombre 1 et a pour nom Aleph.

 

Aleph, Porte des mystères suprêmes, Seuil de l´Eternité au-delà duquel même l´imagination la plus libre avoue son impuissance à Tout imaginer.

 

Aleph…. Alouph, une lettre, un nom ! Prince de la Lumière, Maître entre les maîtres, tu es le centre du Lieu, Source de toutes les énergies qui porte le Cosmos et le vivifie " Tu es le monde et le monde n est pas Ton lieu ".

 

La Science Secrète illumine le regard du Sage, et le Sage diffuse l´enseignement; Le Maître transmet aux disciples, la force et la conviction du chemin qui s´ouvre devant eux; Aleph est la Cause qui alimente la pensée vivifiante de toutes les autres lettres de l´alphabet hébreu, très exactement à l´image du Nombre 1 qui transcende tous les autres Nombres.

 

Et puisque la parole met en mouvement des énergies cosmiques et qu´elle est le canal par lequel la Lumière agit dans les mondes, il nous faut nous interroger : que vient donc nous signifier le silence du Aleph ?

 

Le Aleph règne sur l´air (Sepher Hayetsira). Il est souffle de vie. Il se fait silence pour contraindre à penser l´impensable et permettre aux autres lettres de prendre vie et d´être paroles, à l´image du silence en musique qui donne aux notes qui vont se révéler musique, l´espace de leurs vibrations.

Dans le mot Aleph, sont écrits les mots APH ( אפ ) le nez et le mot PE (פ ) la bouche , écrit par la lettre qui porte le même nom.

 

Aleph renvoie à l´Air et au souffle de l´Homme, au mouvement de l´ inspir et de l´expir, de la pensée insaisissable dont il est dit qu´elle est la quintessence, le cinquième élément du Cosmos.

 

L´air est l´élément qui dans le Cosmos concilie et attache le Feu à l´Eau.

 

Il appartient à l´Est qui en Hébreu se dit QEDEM mais ce même mot renvoie aussi à l´Origine des temps, au début (QODEM), à un Avant d´avant Béreshit !

 

La parole est portée par le souffle de l´Homme et le souffle est esprit dans son âme et vie dans son corps.

 

Que cesse le souffle et l´ homme meurt!

Que se taisent les voix et un certain silence avec force et vigueur peut enfin se faire entendre!

 

Mais nous le savons, la parole dite, jamais ne se perd, quelque soit le temps et le lieu ou elle s´est inscrite, ses vibrations sonores parcourent l´Univers.

 

Croyez vous qu´à minuit, lorsque les travaux sont fermés, les paroles dites dans le Temple se taisent? Croyez vous que leurs vibrations sonores cessent de résonner? Mes Sœurs, le tapis de la Loge recouvert cesse t-il d´ exister pour autant ?

 

Comme si le processus alchimique des symboles intériorisés s´arrêtait au plus profond de nous parce que nous quittions le Temple !

 

Comme si la Lumière Eternelle cessait de diffuser son intelligence au monde !

 

Comme si le silence de l´Aleph cessait de résonner au cœur de la Parole !

 

Le silence du Aleph est appel, attente de la voix qui donnera au souffle le son qui donnera sens dans le monde du fini.

 

Ce silence est Amour, (Aleph est la première lettre du mot Ahava/Amour), retrait volontaire de Soi pour laisser place à l´ Altérité des voyelles et des autres lettres qui viennent lui donner corps.

 

Il est le support du Sens et le " Dit " de l´indicible pour que de l´exil, l´homme fasse le chemin qui le mènera à sa réalisation qui est une libération (la lettre qui sépare l´exil de la libération est le Aleph GUOLA/GUEOULA ) ( גאולה / גולה ).

 

Il est attente du dévoilement et de la révélation.

 

Il est le miroir du soi qui ne peut se refléter que lorsque l´ego s´est annulé devant le mystère de la Création. (ANI /Je et AIN/Neant)

( אני/אין. )

 

Les lettres hébraïques sont des vêtements de lumière car nous ne saurions " entendre les voix " si leurs énergies lumineuses ne s´auto limitaient dans l´encre noire des lettres qui les recouvre. Notre humaine finitude ne pourrait recevoir ni comprendre si la Lumière n´ acceptait de se vêtir des limites du Fini dans le monde du Visible.

 

Feu noir sur feu blanc,

Loi écrite burinée et Loi orale flamboyante,

Pour que le Visible soit le réceptacle de la Science infinie de l´Etre !

 

Il est dit que seul ce qui est recouvert d´un voile est offert au dévoilement! Aussi il faut changer notre regard au monde et voir dans les lettres les vêtements/symboles véhicules des énergies lumineuses qui les traversent.

 

Qu´ est-ce à dire ?

 

Je crois qu´il faut décomposer le mot en lettre puis la lettre en graphie;

 

Il faut rechercher le lien qui unit les lettres dans le mot et le lien qui unit le Nombre à l´être;

 

Il faut travailler la forme et le fond jusqu´à réentendre dans le mot, une Parole et jusqu´à retrouver dans La Parole, le silence du Aleph;

 

Il faut pouvoir laisser le silence vibrer en nous et entendre son murmure indicible, et au cœur du silence et de ce murmure, peut-être une proximité divine.

 

La symbolique est Porte de la science de l Etre qui les signifie.

 

Ni nue, ni vêtue, en chemin entre les mots et le silence de l Aleph;

 

Ni lire ni écrire pour désapprendre le profane et retrouver dans les lettres, Keter, la racine spirituelle de l Arbre de vie, la Couronne d´où jaillit le point de la pensée enclose qui permettra aux vibrations sonores des autres lettres de s appuyer sur le silence de l´Aleph pour offrir aux Hommes leurs résonances.

 

L´anagramme de Aleph nous donne le mot PELE ( פלא ) qui veut dire "merveilleux". Il symbolise Keter, la Volonté primordiale, le Ain Soph (Sans Fin) d´où jaillira la Sagesse de Hokhma, qui en lecture éclatée peut se lire la Force du Quoi (KOAH MAH ?).

 

La force du Quoi est le questionnement qui ouvre les portes de la Sagesse, mais au-delà: silence, le merveilleux! L´infini devant lequel notre compréhension est néant!

 

Keter et Aleph offrent leurs silences.

 

Keter offre à HOKHMA le point premier de sa pensée enclose et Aleph est notre lien avec l´Absolu.

 

Que nous dit sa graphie ? א א א

 

Le Aleph s´offre à notre regard comme deux yod en miroir, séparés mais en même temps reliés par une diagonale qui serait un Vav, le terme conjonctif qui permet de lier et de relier, ligne / miroir du monde de l´en haut et du monde de l´en bas, raison pour laquelle le Yod du bas est le reflet inversé du Yod de l´en haut.

י ו י א

Le Aleph ne peut se voir sans le Yod qui le compose car l´Unité du Aleph trouve son expression réalisatrice dans le 10 !

 

Aussi la diagonale est-elle bien le miroir où il est donné au Yod divin de se refléter dans le yod terrestre pour accomplir le miracle de l´Unité.

 

Ce miroir de la transcendance et de l´Unité du Aleph est peut- être la voie étroite des Initiés qui savent être le lien qui unit le ciel et la terre.

 

Il me faut parler du yod, ce point de lumière, de la pensée conceptuelle, l´inspiration de ce qui ne se laisse saisir, l´éclair de génie qui disparaît aussitôt qu il apparaît.

 

Il me faut parler du Yod en regard avec l´Aleph, car l´Unité principielle se projette dans le monde de la réalisation (Yod = 10), par la main qui se dit YAD. Yod est le principe créateur divin, la main invisible qui agit dans le monde du visible, reflet divin dans le monde des Hommes.

 

La diagonale, le Vav est un simple trait qui sépare mais aussi unit les deux yod. Ce Vav porte le Nombre 6 dans l´Univers et il symbolise l´Homme qui peut, s´il entend le murmure de l´Aleph, devenir lieu de rencontre et d´Unification de la Parole imprononçable.

 

Il est l´axe du juste milieu, la mémoire ancestrale des 6 jours de la création.

 

Aussi, on peut dire que le Aleph contient en germe le Nombre Trois : le Ciel, la Terre et l´Homme.

 

Il reçoit par la main droite la lumière infinie contenue dans le point, symbole du Grand Tout, et il en fait don par sa main gauche qu´il tourne vers la terre, un peu comme dans la Chaîne d´Union lorsque notre main droite donne à la terre, et notre main gauche est ouverte vers le ciel et que dans le même moment nous sommes reliées à la fois à nos Sœurs à l´Horizontale et à la Chaîne immémoriale de ceux qui nous ont précédés sur ce Chemin de la Science de l´Etre, à la verticale.

 

Deux Yod et un Vav écrivent le Nombre 26 (10+ 6+10) qui est la guématrie du Nom indicible, comme pour nous signifier que l´Un silencieux s´entend par le 26 indicible !

 

Bien davantage, la guématrie pleine de Aleph nous donne le nombre 111, soit le nombre 1 à trois niveaux de conscience de l´être, celui des Unités principielles, clefs de voûte de la fondation du Temple de l´Univers, celui des dizaines, plan des réalisations dans le monde du visible et du concret, et celui des centaines qui élève au plan cosmique.

 

Le livre du Bahir nous dit : " Il n est pas permis d´invoquer le Aleph séparément mais seulement à l´aide des deux autres lettres qui le suivent et s´unissent à lui ".

 

Pourquoi ? Parce que notre entente de l´Unité ne peut passer que par la multiplicité! Nous pourrions dire que l´Unité de notre "Je" se perd dans la fragmentation du multiple et que toute la Science de l´Unité et le travail symbolique est justement de lier les morceaux et de retrouver un ensemble qui ne soit plus composite mais entier.

 

Le Aleph du Adam (Homme fait de glaise [adama = terre]) permet au sang (dam= sang) d etre régénéré alors même que le sang circulant dans un circuit fermé ne devrait pas se recréer de nouveau. Sans le Aleph de l´Unité, le sang ne maintient plus la vie et l´homme meurt !

 

Je vais donc me plier à la sagesse du livre de la Clarté.

 

Les trois lettres racines qui écrivent la lettre Aleph sont le Aleph, le Lamed et le Pé : א ל פ

 

Aleph n´est donc dissociable ni de la lettre PE ( פ ), ni de la lettre Lamed ( ל ).

 

Voici ce que ces trois lettres me signifient :

 

La Lumière infinie du Aleph est source d´étude et d´enseignement (le Lamed = limoud = enseigner/apprendre) qu il faut mettre dans la bouche (Pé = bouche).

 

Pour que le Divin devienne Tradition et enseignement, il faut que du souffle de vie, il devienne parole !

 

Mais je dois dire que le Pé est une des 7 lettres doubles de l´alphabet qui porte donc en elle, à la fois la rigueur et la douceur, la force et la faiblesse, étant précisé qu´en lettre finale, le Pé devient un Fé, alors qu´en tête ou à l´intérieur du mot, il se prononce durement en Pé.

 

Que nous dit la Tradition ? Les 7 lettres doubles quand elles sont finales nous signifient la finalité du Devenir qui se trouve à l´intérieur du mot.

 

Or la forme du Pé final est tout un enseignement à ne manquer sous aucun prétexte !

 

אלף - פ – ף

 

Ici, dans Aleph, le Fé nous signifie que l´organe de la Parole, la bouche (Pé en hébreu) nous promet la douceur et la force d´une parole bienfaisante qui ne sera plus une arme de mort, de dérision ou de malédiction.

 

La lettre n´a plus sa forme presque refermée sur elle-même mais au contraire, elle descend dans le monde de la Terre, elle se fait don pour que la parole circule, pour qu elle soit reprise et vécue.

 

Le Ain Soph du Aleph devient Enseignement/Limoud (Lamed) dans une parole qui circule.

 

Cette relation entre la bouche et l´enseignement est justement la relation de maître à disciple, de l´oreille à la bouche car il me semble que tout commence par une vision intérieure (le Aleph), l´enseignement (le Lamed) et la Transmission (la Bouche).

 

D´ailleurs les deux premières lettres nous écrivent le mot EL (Alepf + lamed) (אל), nom divin qui exprime sa force et sa puissance par une parole en devenir !

 

Ce devenir appartient à l´homme dans le monde du Visible dans lequel il évolue. Le mouvement dynamique de la marche qui fait sa dignité est également rappelé par le Lamed qui en hébreu lorsqu´il est placé devant un autre mot signifie la Direction !

 

Aussi, j´aime à penser que le Fé final est Ouverture de la Bouche pour accueillir l´altérité qui est le but du chemin dessiné par Aleph !

 

Mais j´aime aussi rêver que El Pé (אל פה), l´altérité au bout du chemin dans la parole qui circule, est aussi le chemin qui mène à l´Unité du Aleph Divin , pour que de la Parole au Silence, nous retrouvions le Souffle de la Création.

 

 

Rachel

 

Jérusalem d´Azur et de Fraternité, le 18.02.07