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Le Man'yōshū (万葉集, Man'yōshū), que l'on traduit généralement par « Recueil des dix mille feuilles », est la plus ancienne grande anthologie de poésie japonaise qui nous soit parvenue. Il a été compilé vers 759, à l'époque de Nara, probablement sous la direction du poète Ōtomo no Yakamochi.

Il contient environ 4 500 poèmes répartis en 20 livres. Les auteurs ne sont pas seulement des empereurs et des nobles : on y trouve aussi des soldats, des fonctionnaires, des paysans et des anonymes. C'est ce qui en fait un témoignage exceptionnel de la société japonaise ancienne.

 

Manyoshu, Volume 2, Poème 207 Kakinomoto no Asomi Hitomaro

 

天飛ぶや
軽の道は
我妹子が
里にしあれば

ねもころに
見まく欲しけど

やまず行かば
人目を多み
数多く行かば
人知りぬべみ

さね葛
後も逢はむと
大船の
思ひ頼みて

玉かぎる
岩垣淵の
隠りのみ
恋ひつつあるに

渡る日の
暮れぬるがごと

照る月の
雲隠るごと

沖つ藻の
靡きし妹は

黄葉の
過ぎて去にきと

玉梓の
使の言へば

梓弓
音に聞きて
(一云 音のみ聞きて)

言はむすべ
為むすべ知らに

音のみを
聞きてありえねば

我が恋ふる
千重の一重も
慰もる
心もありやと

我妹子が
やまず出で見し
軽の市に

我が立ち聞けば

玉たすき
畝傍の山に

鳴く鳥の
声も聞こえず

玉桙の
道行く人も

ひとりだに
似てし行かねば

すべをなみ
妹が名呼びて

袖ぞ振りつる

 

Ama tobu ya
Karu no michi wa
Waga imoko ga
Sato ni shi areba

Nemokoro ni
Mimaku hoshikedo

Yamazu yukaba
Hitome o ōmi

Amata yukaba
Hito shirinu be mi

Sanekazura
Nochimo awamu to

Ōbune no
Omohi tanomite

Tamakagiru
Iwakaki fuchi no

Komori nomi
Koi tsutsu aru ni

Wataru hi no
Kure nuru ga goto

Teru tsuki no
Kumo kakuru goto

Oki tsu mo no
Nabikishi imoko wa

Momiji ba no
Sugite iniki to

Tama dzusa no
Tsukai no iheba

Azusa yumi
Oto ni kikite
(Oto nomi kikite)

Iwamu sube
Semu sube shirani

Oto nomi o
Kikite arie neba

Waga kouru
Chie no hitoe mo

Nagusamoru
Kokoro mo ariya to

Waga imoko ga
Yamazu ide mishi
Karu no ichi ni

Waga tachi kikeba

Tama tasuki
Unebi no yama ni

Naku tori no
Koe mo kiko ezu

Tamahoko no
Michi yuku hito mo

Hitori dani
Nite shi yukaneba

Sube o nami
Imoko ga na yobite

Sode zo furitsuru

Ô route de Karu,
qui t'élèves vers le ciel,

puisque tu passes par le village
où vivait mon épouse bien-aimée,

combien j'aurais voulu
te parcourir sans cesse,
pour revoir encore son visage.

Mais si j'y allais trop souvent,
les regards des hommes seraient trop nombreux ;
si je revenais encore et encore,
les gens finiraient par savoir.

Alors je me consolais en pensant :
« Plus tard, nous nous reverrons. »

Je plaçais ma confiance
dans ce grand navire qu'était notre amour.

Mais caché seulement,
comme l'eau retenue entre les rochers,
je continuais à l'aimer en secret.

Puis, comme le soleil qui traverse le ciel
et finit par disparaître au couchant,

comme la lune brillante
qui se cache derrière les nuages,

mon épouse,
qui autrefois flottait comme une algue
au gré des vagues,

a disparu.

« Elle est passée au-delà du monde,
elle s'en est allée »,
m'a dit le messager
portant les paroles funestes.

J'ai entendu seulement le son de ces mots.

Je ne sais plus quoi dire,
je ne sais plus quoi faire.

Je ne pouvais pas vivre
en n'ayant entendu que cela.

Peut-être qu'en allant là-bas,
sur mille parts de mon amour,
une seule pourrait trouver un apaisement.

Alors je me suis rendu
au marché de Karu,
où mon épouse aimait venir sans cesse.

Je me suis arrêté,
j'ai tendu l'oreille...

Mais sur le mont Unebi,
pas même le cri d'un oiseau
ne répondait.

Sur la grande route,
pas une seule personne
ne ressemblait à elle.

Ne sachant plus quoi faire,

j'ai appelé son nom,

et j'ai agité mes manches.

 

Voici une autre traduction française fidèle et poétique de ce poème célèbre de Kakinomoto no Hitomaro) d'après la version anglaise "The complete Nippon Gakujutsu Shinkokai Translation" : 

 


Puisque mon épouse vivait à Karu,
Je désirais être auprès d'elle autant que mon cœur le souhaitait ;
Mais je ne pouvais lui rendre visite sans cesse
À cause des nombreux regards épieurs —
Les hommes auraient appris notre promesse,
Si je l'avais recherchée trop souvent.
Ainsi notre amour demeura secret,
tel un bassin emprisonné par la roche ;
Je la chérissais dans mon cœur,
Tourné vers le temps futur où nous serions ensemble,
Et je vivais confiant et paisible
Comme celui qui navigue à bord d'un grand vaisseau.
Soudain est venu un messager
Qui m'a annoncé qu'elle était morte —
Partie telle une feuille jaune d'automne.
Morte comme le jour meurt au soleil couchant,
Perdue comme la lune brillante se perd derrière le nuage.
Hélas, elle n'est plus, elle dont l'âme
Était penchée vers la mienne comme l'algue qui se courbe !
Quand la nouvelle me fut apportée,
Je ne sus que faire ni que dire ;
Mais plongé dans le désarroi à ce seul message,
Et espérant guérir mon chagrin,
Ne serait-ce qu'une millième partie,
Je voyageai jusqu'à Karu et cherchai sur la place du marché
Où mon épouse avait coutume d'aller !
Là, je me tins debout et j'écoutai,
Mais je n'entendis aucune voix d'elle,
Bien que les oiseaux chantassent sur le mont Unebi ;
Nul ne passa qui ressemblât seulement à mon épouse.
Je ne pus que crier son nom et agiter ma manche.

 

 

Tag(s) : #Culture Japonaise, #Man'yōshū, #万葉集
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