C'est arrivé doucement
une approche
un froissement de tissus
dans la bande son
un point de colle
sur l'image
et puis le sentiment confus
que ça cloche
un contre-chant
un contretemps.
J'avais trois ans peut être,
la pellicule qui s'effiloche
le film qui saute
et moi qui me dédouble
dans la déchirure
et tombe.
L'escalier sombre
la poussière grise
sur les marches noires
les marches noires
la poussière grise
la toile d'araignée
comme une voile
dans l'escalier
qui attend le vent
comme j'attends...
C'est arrivé doucement
un froissement de tissus
un frémissement d'idée
une ombre dans le miroir
que j'ai suivie
et le film a repris
Du fond de mon miroir
je regarde l'écran
et j'y fais bonne figure
je leur donne l'illusion
Fruit confus
Extirpé
Violé
Je suis mort
Au jardin
Des funérailles de l'infante
assassinée.
J'ai
Dans le crâne
Un grenier
Que je promène
Avec ses toiles
Ses pinceaux de poussière
Coulés de la lucarne
Et
Dans le sac qui me courbe l'échine
Des années de plomb
Des siècles de silence
Et quelques brassées d'or.
Je dépose aujourd'hui mon bagage
Je marcherai léger
Sur la fin
De l'histoire.
Celle qui m'attend
Foule le raisin
Du vin
De nos épousailles.
D'un métissage bleu
Aux yeux grands ouverts,
La nuit dilue son encre noire
A l'eau de l'aube, à l'heure blanche.
J'aime cette nuit qui flanche
Sous l'horizon d'ivoire
et la chambre qui s'éclaire
et réveille les feux,
L'ambre chamoisé de ton corps
et ton corps qui se cambre
juste avant l'aurore.
J'attends l'or de tes yeux
et ton sourire de nacre
et le sacre du jour
accroché dans les branches
où mille visages chiffonnent
Mes brouillons de mémoire.
Sous mes yeux entrouverts
Une biche à la roseraie vint boire
pour qui Sisera plus qu'Hever,
oserait, perdant la tête,
Le divin breuvage
D'un métissage bleu
Loran 25/11/2011
Voir l'article de Roland Reumond au sujet de ce poème ici
Elle sans l'sou
qui s'en soucie
si seule
si seulement seule
au sol
qui gèle
rue du désespoir
rude trottoir
de sel
de solitude
où se lachent vos chiens
qui se soulagent
de vos restes
de vos poubelles
interdites.
Qui se soucie d'elle
qui s'éteint
sous vos yeux mous
de chiens bâtards
attendants dociles
la trique ou le ragout
sur le trottoir grésil
où elle s'éteint
si seule
si socialement seule
dans la marge
avenue de la république.
Ainsi la tua-t-elle
ta tellement belle
ment tueuse
menteuse
telle
ment belle
société
Un silence à tout rompre envahissait les jours, Ou bien était-ce le tumulte de l'ennui Assourdissant la chambre blanche horizontale ? Le temps s'était figé, privé d'heures et de nuits Sous un plafond mité, blafard, imaginal Où je traçais des yeux d'improbables contours. Jeanne avait déposé sur la table des fleurs, Un glaïeul méprisant dans un bouquet d'iris. Mais j'ignore qui est Jeanne, ou bien était-ce Blanche ? Du bout des cils j'allongeais mes pâles esquisses, Le galbe d'un sein ou la courbe d'une hanche, Des corps enchevêtrés, des creux et des rondeurs, Puis le plafond céda, comme une déchirure Silencieuse et sournoise, d'une totale impudeur. Alors une larme coula puis les corps churent.
Aux frontons des édifices
Aux frontispices
Si haut
qu'un regard trop lourd
plus jamais ne cueille
une devise n'a plus cours
Dont je porte le deuil.
Les têtes penchées
des silhouettes voutées
qui dorment sur les trottoirs
perçoivent dans la flaque
Le triste reflet des mots
Gravés jadis
sur les façades fières.
Des lettres en toc
palissent et tombent
sur les parvis de glace.
Coquilles vides de mots dévoyés
livrés à l'usure des vents capitaux.
Là où les hommes s'agglutinent
Là où ils s'organisent
se tyrannisent
se désobligent
autour de leurs mines
de leurs églises
de leur bêtise
qu'ils érigent
en monuments pâles
en arches triomphales
jusqu'autour de leurs villes
de leurs bidonvilles,
Là où ils vivent
Là où ils meurent
pousse une étrange fleur
qu'ils cultivent.
Une fleur qui fait ses lois
ses prix ses crimes et ses croix
ses places ses cours ses escaliers
ses légions, ses déclarations
ses demoiselles et ses garçons
ses tables et présidents
ses affaires et engagements
Une fleur qui fait son vin
dont ils se piquent
en vain
une fleur épique
qui préfère les fronts aux coeurs
une fleur qui pue
une fleur
qui tue...
Cette nuit
J'ai fait un rêve étrange
Etrange comme les fruits de Georgie
Cette nuit
Homo Nobili
J'ai fait un rêve étrange
de croix incendiées
et de feuilles ensanglantées.
J'ai rêvé
Homo Letalis
Qu'on lapidait à tours de bras
Au nom du père ou bien du fils
Dans les rues d'Atlanta.
Quand je me suis éveillé
Ce vingt deux septembre
A cinq heures dix
Au pénitencier de Jackson
s'éteignait Troy Davis
Homo Nobili
Homo letalis
Et les feuilles
des arbres de georgie
Etaient encore
rouge sang
Lisabuzz.com parle de Lézardes et murmures : Nous autres français sommes bien égoïstes. Lorsqu un pays dispose d un blog comme Lézardes et murmures, il devrait le traduire en anglais, italien, espagnol, japonnais, chinois etc... que le reste du monde en profite. D
ailleurs, Loran mérite un auditoire bien plus large que 60 millions d internautes (plus quelques belges, suisses, quebecois). En tous cas, j adore Lézardes et murmures et je suis loin d être seule ! signé http://blog.lisabuzz.com