Top articles
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Le gardeur de troupeaux - Pessoa
Poème XXVIII J'ai lu aujourd'hui près de deux pages Du livre d'un poète mystique , Et j'ai ri comme qui a beaucoup pleuré . Les poètes mystiques sont des philosophes malades , Et les philosophes sont des hommes fous . Parce que les poètes disent que les...
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SOLEIL de Philippe Delaveau
Survolant l’âge et les continents, le soleil voleune image au fond des puits et des miroirs, glisseau revers acidulé de glaces et de neigessur les hauts monts, lisse un velours de mers,éveille le saphir de tant de lacs dans les forêts de Sibérieou sur...
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Epitre du divin Marquis à quelques dupes
Nous sommes devenus économes nous n’aimons plus qu’à bon escient ou avec circonspection la vie nous a généreusement dotés dans la gamme du sombre et si n’était que la vie mais la mort était fée à notre berceau nous devrons compter avec elle écouter ses...
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Chantier du poème (Andrée Chedid)
L'arrivée du poème est multiple. La plupart du temps, il progresse comme une vague qui déroule sa turbulence d'images et de mots. Il s'organise parfois autour d'un mot clef. Mot-noyau, tombant dru, bousculant le vocabulaire pour se chercher plus loin....
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Comment appeler son chat - T.S. ELIOT
C'est un art délicat que d'appeler son Chat : Le baptiser n'est pas un simple passe-temps Je ne travaille pas du chapeau, croyez moi, Si je vous dis qu'un chat a TROIS NOMS DIFFERENTS. Un chat a, tout d'abord, son nom de tous les jours, Comme Pierre ou...
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La légende de Villard Denis - Davertige
La légende de Villard DenisEst une légende simple et amèreSous le tournoiement des couteaux de l'ardoiseEt de la corde en coryphée dans les branches Elle voit au loin la cendre du cœur tournerEntre des crocs et des salivesPour dire la geste du cœur-aux-chiensLa...
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POÈME DE LA MER - Jorge Barbosa
Le drame de la Mer,L'intranquillité de la Mer, toujours toujours en nous ! La Mer !qui entoure,relie nos îles,ronge les roches de nos îles !Laisse l'émail du salpêtre sur les faces des pêcheurs,ronfle sur les sables de nos plages,heurte de sa voix les...
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La Chèvre. - Sabine Sicaud
L’herbe est si fraîche, ce matin, Que son velours tendre nous hante - Son velours neuf qui sent la menthe, Le jeune fenouil et le thym. La vache s’étire, gourmande, Vers le champ de trèfle voisin. Tous les verts bordent le chemin Du vert acide au vert...
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Désir - Renée Vivien
Elle est lasse, après tant d’épuisantes luxures.Le parfum émané de ses membres meurtrisEst plein du souvenir des lentes meurtrissures.La débauche a creusé ses yeux bleus assombris. Et la fièvre des nuits avidement rêvéesRend plus pâles encor ses pâles...
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ODE MARITIME - PESSOA
FERNANDO PESSOA ÁLVARO De CAMPOS À Santa Rita Pintor Seul, sur le quai désert, en ce matin d’été,Je regarde du côté de la « barre », je regarde l’Indéfini,Je regarde, et j’ai plaisir à voir,petit, noir et clair, un paquebot qui entre.Il apparaît au loin,...
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Phénix
La vie est sans aucun doute et la mort aussiDe sa force innombrable nul oiseleur distraitOmbre blanche à jamais n’enserre ce midi Mille cavaliers sous ses ordres aux visages défaits descendent vers le portEt les navires chargés de rires et de mitraille...
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Femmes et hommes - Julos Beaucarne
Femmes et hommes de la texture de la parole et du ventQui tissez des tissus de mots au bout de vos dentsNe vous laissez pas attacherNe permettez pas qu’on fasse sur vousDes rêves impossiblesOn est en amour avec vousTant que vous correspondez au rêve que...
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Pénélope - Maram al-Masri
Je suis passée devant une fenêtre fermée à la poignée dévorée de poussière. J’ai vu Pénélope en train de tisser sa toile de longue attente. Je voudrais qu’elle arrête qu’elle se calme qu’elle se lave qu’elle se parfume pour prendre une tasse de café à...
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TRANSIR - René Char
Cette part jamais fixée, en nous sommeillante, d'où jaillira demain le multiple. L'âge du renne, c'est-à-dire l'âge du souffle. O vitre, ô givre, nature conquise, dedans fleurie, dehors détruite! Insouciants, nous exaltons et contrecarrons justement la...
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Un homme qui vieillit
"Un homme qui vieillit est un homme plein d'images raides comme du fer en travers de sa vie, n'attendez plus qu'il chante avec ces clous dans la gorge. Autrefois la lumière nourrissait sa bouche, maintenant il raisonne et se contraint. Or, on peut raisonner...
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Libre éloge de la langue française
À Olivier Germain-Thomas De temps à autre il est bon et justede conduire à la rivièrela langue françaiseet de lui frotter le corpsavec les herbes parfuméesqui poussent bien en amontde nos vertiges d’ancien nègre marron. Ce beau travail me fait avancer...
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Pour l'arbre
S i je n’étais né homme, moi aussi Mon destin eût été celui de l’arbre : L’arbre au soleil comme sous la pluie Reste réconcilié avec ses racines Et ses feuilles. Il connaît En même temps la nuit et la lumière Sans mourir de sa connaissance. Sa dialectique...
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Plus de pieds
Plus de piedset pas de cieldes glaçons aux narineset des givres aux lèvres.Je trainais mes guenillesla poudreuse aux genouxsongeant aux heures paresseusesà l'ombre des filles.Je marchais hagardsur cette neige de voyellesdéchirées aux ramuresde syllabes...
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ISABELLA (Emile Roumer)
Zémi cruel, aux mains de pourpre, ô Sagittaire,ton visage impassible au crépuscule d’ors’adresse, énigmatique, au ciel qui s’indiffère. Ton visage impassible au crépuscule d’or,la lagune émeraude où fume l’eau croupiedevant que l’horizon engouffre un...
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Le Printemps des Poetes - Léo Ferré
J'ai vécu des printemps fabuleux en hiverPendant que le vulgaire était tout emmoufléJe soufflais sur mes mains à son cul à son nezV'là-t'y pas qu'ses bourgeons sortaient m'en jouer un air Le printemps ça s'invente et ça se fout en taule Le printemps c'est...
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Arbres (Andrée Chedid)
Je sais des arbres Striés de leur corps à corps avec les vents Et certains dont les têtes résonnent Des contes de la brise D’autres solitaires et debout Défiant le sol renégat Et d’autres qui se ressemblent Autour d’une maison grise Je sais des arbres...
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Quatrains de Omar Khâyyâm (de 1 à 10)
I Je n’ai jamais mis en collier les perles de la Prière, Ni caché cette poussière de péchés qui souille mon visage; C’est pourquoi je ne désespère pas de ta Miséricorde, Car je n’ai jamais dit que le Un était Deux. II Ne vaut-il pas mieux te dire mes...
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la semaine de huit jours
Dimanche Incantation premièreau seuil du lieu parfaitton sexeet sitôt drul’engorgement du ventrej’en sais les houillesle troc infini des grisousqu’il y suffit de feupour l’espace d’être nu Lundi Seconde incantationà l’airaux cisailles atrocesde la glottehachant...
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LE FRANÇAIS
Moi qui vis à Paris depuis plus de vingt ans,Qui suis né quelque part au coeur de la Champagne,Jusqu'à ces temps derniers je m'estimais content,Mais tout est bien fini, la panique me gagne.Quand je lève mes yeux sur les murs de ma ville,Moi qui n'ai jamais...
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Parler (extrait) Philippe Jaccottet
Parler est facile, et tracer des mots sur la page, en règle générale, est risquer peu de chose : un ouvrage de dentellière, calfeutré, paisible (on a pu même demander à la bougie une clarté plus douce, plus trompeuse), tous les mots sont écrits de la...
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